Flaubert, Vie et mort de l’exotisme

On se souvient du mot dépité de Du Camp sur son compagnon de voyage Flaubert :

« Les temples lui paraissaient toujours les mêmes, les paysages toujours semblables, les mosquées toujours pareilles… À Philæ il s’installa commodément à l’ombre et au frais dans une des salles du grand temple d’Isis pour lire Gerfaut de Charles de Bernard qu’il avait acheté au Caire. À la deuxième cataracte, il s’écrie : « J’ai trouvé, Eurêka, Eurêka ! Je l’appellerai Emma Bovary[1] ».

Si l’on peut remettre en question la stricte véracité de ces affirmations, il n’en demeure pas moins que Flaubert, éternel insatisfait, n’a jamais été pleinement dans l’espace qu’il occupait. « Les trois quarts des notes d’Égypte sont des devoirs d’écolier », remarque Albert Thibaudet qui continue en relevant une note de Flaubert : 

« Réflexion : les temples égyptiens m’embêtent profondément. Est-ce que ça va devenir comme les églises en Bretagne, comme les cascades aux Pyrénées ? […] Faire ce qu’il faut faire ; être toujours, selon les circonstances […] comme un jeune homme, comme un voyageur, comme un artiste, comme un fils, comme un citoyen, etc. doit être[2] » ?

Cette citation de 1851 nous éclaire sur tous les voyages de Gustave, passés et à venir, Méditerranée, Italie, Bretagne, Égypte… Il s’y est ennuyé, il continue de s’ennuyer en voyage. La fin de la remarque, la question posée, laisse quant à elle pressentir l’anticonformisme fondamental de l’auteur. Même dans le voyage, il n’arrive pas à trouver d’espace de liberté. Et pourtant, dieu sait que lors de son voyage en Orient, il avait toute latitude pour aller et venir, et faire les rencontres amoureuses qui lui plaisaient. Pour cet éternel insatisfait, la quête est autre…

La critique, qui s’est encore très récemment penchée sur les voyages de Flaubert, a montré que le voyage n’allait pas de soi[3]. Flaubert craint les préparatifs, redoute les adieux et l’absence de ses proches. Flaubert a fortement désiré voyager, mais il n’aime pas vraiment cela : le voyage est une échappatoire. Ne serait-ce que pour s’y résoudre : en 1849, racontant son projet d’Orient avec Maxime Du Camp, il écrit à Ernest Chevalier qu’il lui aura fallu quasiment un an pour se décider, en luttant « contre cette passion des champs qui [le] dévorait ». Le voyage est avant tout sanitaire chez cet homme casanier.

Le voyage concentre à lui seul une bonne part des contradictions[4] de Gustave et nous savons qu’il n’est pas de voyage flaubertien sans écriture : carnets de voyage, lettres, récits durant le voyage et post-viatiques… sans compter l’innervation du voyage dans les romans, qui tous, renvoient aux lieux ou atmosphères des voyages. Mais cela, à 30 ans, Gustave ne le sait pas encore.

Écrire n’est donc pas la raison avouée du voyage, la découverte et l’écriture de l’Ailleurs n’ayant pas davantage d’intérêt que cela[5]. Dès lors la question se pose : pourquoi Gustave voyage-t-il vraiment ? Je montrerai que le prétexte de l’exotisme renvoie à une mise en scène personnelle d’un moi torturé.

Le rêve exotique

Se libérer de la famille et du monde

Le Rouennais a un besoin vital de sortir de lui-même. Étouffe-t-il à Rouen ? Sans doute, mais pas davantage que lorsqu’il viendra s’installer à Croisset après sa crise de 1844 et définitivement à la mort de son père en 1846. Etouffe-t-il dans sa famille ? Sans doute aussi, mais pas davantage que n’importe quel jeune homme, et sans doute moins, vu la liberté d’action qu’il possède. Est-il un jeune homme malheureux, comme il aimera se présenter à Louise Colet ? Rien ne nous pousse à le dire, la famille était aisée et respectée, son père respectueux, et sa mère l’aimait fortement. Alors, pourquoi ce désir de fuir, de se créer une autre existence ?

En premier lieu, notons ce paradoxe que Gustave s’empêche lui-même de partir : par exemple, il aimerait bien revoir en Corse son ami Ernest, muté de Calvi à Ajaccio, mais il ne le peut, et l’écrit en ses termes presque tragiques :

Je n’ose même pas souhaiter cela, puisque ce désir ne peut s’accomplir que dans la réalisation du plus grand malheur qui puisse m’advenir[6].

Mensonge amical, réelle impossibilité ou expression d’un velléitaire chronique ? Toujours est-il qu’il se sent dans l’impossibilité de laisser sa mère avec sa jeune nièce Caroline. Toutefois, il annonce le voyage en Bretagne avec l’ami Du Camp qui révèle deux choses ; d’une part qu’il n’arrive pas à quitter sa mère, qui d'ailleurs viendra retrouver les deux amis, et d’autre part qu’ils peuvent tous deux abandonner pour quelques semaines ou mois la jeune enfant ! La posture de Gustave face au voyage est donc avant tout faite d’autorisation et de censure maternelle, liées sans doute aux cordons de la bourse. Ce sera aussi compliqué pour le voyage d’Orient.

Ensuite, il y a en Flaubert un besoin de liberté, la quête de la libération sexuelle, et familiale. Il recherche la liberté[7], une liberté qui d’ailleurs ne le satisfera vraiment jamais. Dans ses notes de voyage, en Italie en 1845, alors qu’il est à Vintimille, il écrit :

Il a fallu rentrer ! toujours la même histoire ! […] L’idée qu’elle n’allait pas être libre, complète, me gâtait par avance la jouissance que j’avais[8].

Cette remarque montre à quel point Gustave vit en permanence dans un monde de projection : l’idée n’est pas de jouir, mais d’avoir la possibilité d’une jouissance complète, celle-ci se concevant comme une liberté sans entraves, celle, dit-il, de fumer sur les galets en regardant les étoiles ; à ce titre, l’idée même de la fin (le retour du voyageur) l’empêche de savourer l’instant.

Après les deuils qui affectent sa famille, en 1846, il a encore besoin de cet espace de liberté qu’offre le voyage :

J’ai besoin cependant de prendre un peu l’air, de respirer à poitrine plus ouverte et je pars avec Du Camp nous promener sur les grèves de Bretagne – avec de gros souliers – le sac au dos – à pied[9].

Déjà en 1840, alors qu’il s’apprête à partir dans les Pyrénées avec le professeur Cloquet, il écrivait à son ami Ernest Chevalier qu’il n’était pas sûr de vouloir y aller, du fait de la compagnie[10] ; et dans une lettre bien ultérieure à Alfred Le Poittevin, il lui déconseillait de voyager accompagné :

Ah ! Ah ! Ah ! Figure-toi un homme qui respire après une haute montée, un cheval qui s’arrête après un long galop, tout ce que tu voudras enfin, pourvu qu’il y ait idée de liberté d’affranchissement de repos et tu te figureras moi t’écrivant.[…] – Voilà deux fois donc que je vois la Méditerranée en épicier[11] !

La formule venait, étrangement, de son père. Pareillement le 1er mai :

Le voyage que j’ai fait jusqu’ici excellent sous le rapport matériel, a été trop brute [sic] sous le rapport poétique pr [sic] désirer le prolonger plus loin. […] Quand j’irai [à Naples] je veux connaître cette vieille antiquité dans la moelle, je veux être libre – tout à moi – seul ou avec toi pas avec d’autres[12].

Les grands voyages ultérieurs se feront donc en bonne compagnie, avec Maxime Du Camp, puis seul. Mais ils ne régleront pas pour autant le délicat problème de la « poésie ». Dans cette même lettre, il écrit à son ami :

Voyager doit être un travail sérieux. Pris autrement, à moins qu’on ne se saoule toute la journée, c’est une des choses les plus amères et en même temps les plus niaises de la vie.

Il a beau avoir des idées arrêtées sur le sujet du voyage, « travail sérieux », jamais il ne le prendra vraiment au sérieux malgré son désir initial[13]. Imagine-t-il peut-être alors pouvoir remédier à son mal-être, déjà sensible dans les deux superlatifs (« les plus amères et les plus niaises ») ? La « poésie » dont il est privé dans ses voyages familiaux renvoie directement au besoin d’exotisme exprimé déjà très jeune, qui renvoie lui-même à un désir confus, mais intense de liberté. Il écrit dans ses carnets, alors qu’il a dix-huit ans : « Aujourd’hui mes idées de grand voyage m’ont repris plus que jamais c’est l’Orient toujours – j’étais né pour y vivre[14] ».

Ne nous y trompons pas : s’il y a forcément pour une part le fantôme de Chateaubriand explicitement rappelé - en tous cas le fantôme littéraire (Chateaubriand meurt le 4 juillet 1848) -, et pour une autre part un reste de romantisme déjà déclinant en 1840, nous pensons que l’Orient l’attire essentiellement comme espace de réalisation fantasmatique ; ses carnets continuent ainsi :

Botta que j’ai vu à Rouen vantait la liberté de l’Arabie à l’abbé Stéphane compatriote de son père, disait « c’est là la liberté, la vraie, vous autres vous ne savez pas ce que c’est – et à ce qui suit, j’ai fait un bond de jalousie[15].

L’on ne saurait remettre en cause cette confidence, non destinée à publication, pas davantage d’ailleurs que les lettres à Ernest Chevalier sur le sujet.

En réalité, l’exotisme de Flaubert à travers la possibilité libératrice de l’Orient, correspond à un rêve d’enfance et de puissance mêlées, à un fantasme de puissance, prétexte à son anticonformisme. N’écrit-il pas à Ernest Chevalier, un peu plus tard, mais toujours en 1840 :

Je crois que j’ai été transplanté par les vents dans ce pays de boue, et que je suis né ailleurs, car j’ai toujours eu comme des souvenirs ou des instincts de rivages embaumés, de mers bleues. J’étais né pr ([sic] être empereur de Cochinchine, pr [sic] fumer dans des pipes de 36 toises, pr [sic] avoir 6 mille femmes et 1400 bardaches, des cimeterres pr faire sauter les nerfs [sic] têtes des gens dont la figure me déplaît, des cavales numides, des bassins de marbre – & je n’ai rien que des désirs immenses & insatiables, un ennui atroce, & des bâillements continus[16] !

Tout semble là, contenu en germe. Derrière l’exagération amusée, l’exotisme délirant qui donnera naissance plus tard à Salammbô est la voie de survie d’un Même insipide et ennuyeux. Ne pensons pas ici à une posture romantique, une sorte de « mal du siècle », tant le propos sera par la suite réitéré, et tant l’écriture aura pour mission de le désennuyer.

L’exotisme permet le désir de puissance ; il note, à propos du Marquis de Sade dont la lecture l’accompagnera toute sa vie :

Quand on a lu le marquis de Sade et qu’on est revenu de l’éblouissement, on se prend à se demander si tout ne serait pas vrai, si la vérité n’était pas tout ce qu’il enseigne – et cela parce que vous ne pouvez résister à cette hypothèse à laquelle il nous fait rêver d’un pouvoir sans bornes et de puissances magnifiques[17].

La lecture de Sade confortera donc ce besoin de puissance et de destruction, lié à son anticonformisme, tel qu’il apparaitra dans le roman barbare de Salammbô. Mais déjà, les écrits intimes font état d’un indéniable détachement sadique : « J’aime à voir l’humanité abaissée ce spectacle me fait plaisir – quand je suis las[18]. »

Toujours est-il que l’Ailleurs permet de déployer des rêves de puissance, car d’une part, à l’évidence, l’ailleurs n’est pas le monde connu (et donc tout peut y advenir) et d’autre part, l’Orient ou l’Inde renvoient encore pour l’Européen (colonialiste) du XIXe siècle, à des sphères de liberté plus barbares.

La mission de l’exotisme est même ontologique, il s’agit de sauver un Moi déjà affaibli et qui s’effondrera quatre ans plus tard, lors de la grande crise de 1844. Il n’est rien, se sent asocial, bon à rien (il n’aura de cesse de le répéter) et la rêverie, d’ailleurs propre à ce personnage si autobiographique, Frédéric Moreau, lui permet d’assouvir ses pulsions en s’échappant de la réalité. Quand il retombe dans la réalité, c’est pour s’en échapper par l’écriture.

Penser le voyage, c’est prendre le prétexte du voyage pour rêvasser. En septembre 1846, après les drames qui ont affecté la famille Flaubert, Maxime et Gustave se prennent à rêver, comme le raconte Flaubert à Louise Colet :

 Tu me demandais l’autre jour à quoi je passais mon temps avec Du Camp ? Nous avons pendant trois jours travaillé sur la carte à un gd voyage en Asie qui devait durer six ans, & nous coûter, de la manière dont il était conçu, 3 millions 600 mille & qques francs.

Nous avons tout arrangé, achats de chevaux, d’équipements, de tentes, paye des hommes d’escorte, costumes, armes, etc. Nous nous étions si bien monté la tête que nous en avons été un peu malades : lui surtout a eu la fièvre. N’est-ce pas bête ? Mais qu’y faire si c’est dans mon sang ? Est-ce ma faute ? Il me faudrait seulement pr vivre en garçon à Paris une trentaine de mille livres de rente. Jamais je ne les aurai, & comme je ne serai jamais propre à gagner 2 liards, je m’en irai vivre dans qque coin où il y ait du soleil, ce qui me tiendra lieu d’habit[19] !

La pensée de Flaubert passe du voyage touristique luxueux et lointain à un état de pauvreté au soleil… Plutôt incohérent. Sauf si l’on prend en compte la fonction exotique de déplacement et de fuite, l’exotisme servant de transition entre un monde irréel merveilleux et l’impératif de la réalité. Partir loin, puisque la misère est moins pénible au soleil… En tous cas, pour Flaubert, le rêve de la misère est plus beau ensoleillé, parce qu’on se doute qu’il est hors de question qu’il se sépare de son cher confort, et de sa tranquillité[20]. Dans la même lettre, il confie à Louise Colet avoir songé toute une journée à deux divans en peau de cygne et en plumes de colibri… pour sa défense, il a, dit-il « des bondissements intérieurs qui [l]’emportent malgré [lui] »… Rêverie exotique, quand tu nous tiens ! La part que prend le rêve chez Flaubert est donc capitale : il confesse, surtout en sa jeunesse, passer de longues heures à rêver. D’ailleurs, l’un des premiers écrits autobiographique, le Cahier intime de 1840-1841, fait fréquemment état de ces moments indécis : « La pensée est la plus gde des voluptés - la volupté elle-même n'est qu'imagination -­ avez-vous jamais autant joui que dans des rêves[21] ? ».

En définitive, prémices du grand voyage qui se fera trois ans plus tard, le récit de cette rêverie qu’il a « dans le sang » montre le besoin vital d’échapper à sa condition, pourtant fort enviable. Jeune bourgeois à l’abri du besoin, il doit faire ses preuves et trouver un sens à son existence : ce sens sera aussi sa carte de visite. Quoi de mieux, en ce cas, qu’un peu d’aventure ? Sur papier, cela semble très excitant.

Se libérer par l’amour

Car si l’exotisme est puissance, c’est aussi la possibilité de l’amour. Il écrit dans son Cahier intime :

Souvent je suis dans l'Inde, à l'ombre des bananiers, assis sur des nattes, les bayadères dansent, les cygnes s'arrondissent dans les lacs bleus - la nature palpite d'amour[22].

La « nature palpite d’amour », et le jeune Flaubert, pris dans la contemplation fétichiste de « deux brodequins verts et [d‘une] robe noire[23] », s’imagine parfaitement, tout comme Emma, allant « au galop de quatre chevaux, emportée depuis huit jours vers un pays nouveau ». Avant son grand voyage en Orient, il écrit à Louise : « Aujourd’hui j’ai fini Sakountala, l’Inde m’éblouit. C’est superbe. Les études que j’ai faites cet hiver sur le brahmanisme n’ont pas été loin de me rendre fou[24]. »

La connexion entre l’exotisme et la réalisation amoureuse est encore plus évidente dans la citation qui suit, cette fois après le voyage oriental, dans une lettre de 1853 à Louise :

Les lectures, que je fais le soir, des détails de mœurs sur les divers peuples de la terre (dans un des livres que j’ai achetés à Paris) m’occasionnent de singulières envies. J’ai envie de voir les Lapons, l’Inde, l’Australie. Ah c’est beau, la terre ! Et mourir sans en avoir vu la moitié ! sans avoir été traîné par des rennes, porté par des éléphants, balancé en palanquin ! Je remettrai tout dans mon Conte oriental. Là je placerai mes amours, comme, dans la préface du Dictionnaire, mes haines[25].

En 1853, Flaubert a 32 ans, il est revenu de son grand voyage oriental. Et pourtant, il reste insatisfait. L’exotisme (« les rennes, les éléphants, le palanquin »), l’écriture (« le Conte oriental ») et les « amours », tout ceci renvoie finalement à une insondable frustration, et au même besoin profond de libération (par l’écriture).

Se libérer par l’écriture

S’il est un lieu commun de considérer que l’écriture est une libération, le besoin d’exotisme littéraire prend chez l’auteur des complexités nouvelles.

Écrire, toujours écrire, mais pour s’évader. La même année, que celle de la lettre à Louise dans laquelle il lui faisait part de son besoin d’exotisme, il écrivait, conjointement à l’écriture de Madame Bovary, à son confident Louis Bouilhet :

« Je me reporte avec désespoir sur l’idée. J’arrange les barques en tartanes, je déshabille les matelots qui passent pr en faire des sauvages, marchant tout nus sur des plages vermeilles. Je pense à l’Inde, à ta Chine, à mon conte oriental (dont il me vient des fragments), j’éprouve le besoin d’épopées gigantesques[26].

Ce report sur l’« idée » a de quoi faire réfléchir. Indéniablement, Flaubert a bien perçu que le voyage entrepris deux ans plus tôt n’était pas la solution à son désir d’érotisme, de puissance et de liberté.

D’ailleurs, il est fort peu probable que Flaubert ait eu vraiment l’idée d’écrire sa relation de voyage en Orient, même s’il a écrit La Cange sur le Nil. Thierry Poyet rappelle comment, chez le Rouennais, l’écriture de voyage semble d’emblée sinon impossible, du moins grevée de contradictions, l’auteur ayant déjà commencé à mettre en application dans Par les champs et par les grèves sa théorie de l’impersonnalité[27] ; dans sa première lettre à son ami Bouilhet, resté en France, il écrit à son ami : « Je crois bien, homme intelligent, que tu ne t’attends pas à recevoir de moi une relation de mon voyage[28]. »

Cela ne l’empêchera pas de rédiger, comme avec Maxime en Bretagne, un récit vite abandonné, La Cange, qu’il insèrera dans ses Notes de voyages, jamais publiées. Mais déjà, il montre toute l’ambivalence de sa posture et son éloignement progressif de Du Camp, qui lui, entend bien tirer profit de son voyage, par ses photographies et par ses récits. C’est que Flaubert a été très tôt frappé par la crise de la représentation, qui l’a constamment fait douter. Cette crise, il la vit au plus profond de lui-même, car elle fait écho à ses propres difficultés psychologiques à s’assumer[29].

Le refus de l’écriture (ici de voyage) n’est pas d’ailleurs tant une prétérition de posture qu’une véritable impossibilité à retracer le réel, auquel il préférera toujours une re-création ex nihilo :

& quand je pense qu’il y a des gens qui ont assez de toupet pour faire des descriptions de tout ça ! Savez-vous, cher ami, quel sera quant à moi le résultat de mon voyage d’Orient ? ce sera de m’empêcher d’écrire jamais une seule ligne sur l’Orient[30].

La chose est toutefois entendue, c’est paradoxalement et d’une certaine façon le voyage en Orient qui libérera l’écriture flaubertienne, qui l’aidera à trouver sa voie propre.

Appétences et inaptitude

Un esprit délicat

Souvenons-nous : « Réflexion : les temples égyptiens m’embêtent profondément. » Si Flaubert souffre ainsi en Orient, c’est qu’il n’est d’autre voyage que littéraire. Il n’est aussi d’autre voyage que sentimental. Un heureux et semble-t-il mémorable voyage-éclair de deux jours en Normandie avec son ami Ernest, en 1840, donne lieu le surlendemain à une lettre de déploration :

Comme la journée d’hier m’a paru longue, quelle passion ne vais-je pas encore subir pendant trois mois ! Si Alfred n’arrivait pas d’ici à qq temps, j’en mourrais d’ennui – C’est ainsi que je suis fait, les journées heureuses m’en font mille mauvaises, la joie m’attriste quand elle est passée, les jours de fêtes ont toujours pr moi de tristes lendemains[31].

Le déplacement en voyage sera toujours associé à l’échange amical ; pour cette raison, les déplacements familiaux lui pèsent. A dix-huit ans, Gustave connaît déjà l’effroi du temps qui passe et l’impossibilité de goûter pleinement le moment présent :

Ce qu’il faut faire c’est de ne pas penser au passé, de ne pas se dire : il doit encore faire là-bas un beau soleil, il y a 72 heures j’étais à tel endroit, je vois encore sur la gde route l’ombre de ma tête qui court après celle du cheval, et mille autres niaiseries semblables, c’est de regarder l’avenir, de s’allonger le cou pr voir l’horizon, de s’élancer en avant, de baisser la tête et d’avancer vite, sans écouter la voix plaintive des tendres souvenirs qui veulent vous rappeler à elles eux dans la vallée de l’éternelle angoisse – il ne faut pas regarder le gouffre car il y a au fond un charme inexprimable qui nous attire. (ibid)

La lettre fait clairement état d’une jouissance liée au déplacement, mais elle pose sans doute aussi les bases de son désir de se prémunir contre la joie du voyage. L’on retrouvera d’ailleurs dans les écrits amoureux adressés à Louise Colet ce refus d’être heureux, de saisir l’instant, ce permanent retrait du présent dans son incapacité d’aimer et d’être aimé, mais aussi la prescience d’un tragique imminent. Là où certains voient une indéniable inappétence au bonheur du fait d’une sensibilité accrue, d’autres envisagent cette inaptitude à goûter la joie de la différence par un profond sentiment de culpabilité[32].

D’ailleurs, ce sont toujours maints déchirements qui préludent au départ. Nous disposons de beaucoup d’éléments quant aux douloureuses effusions de la scène d’adieu à l’heure du départ pour l’Orient. Voici une version narrativisée :

Vous raconter ce qu’on éprouve, à l’instant du départ, et comme votre cœur se brise à la rupture subite de ses plus tendres habitudes, ce serait trop long, je saute tout cela[33].

Le texte de La Cange, destiné initialement (peut-être) à publication, a été expurgé. Mais nous trouvons dans le Voyage en Orient un son de cloche plus déchirant. Il y a d’abord l’adieu aux plumes et à la littérature[34], puis à la mère, avec toujours cette ambivalence comme lorsque sa sœur ou son père décèdent, il souffre, mais a le cœur sec :

J’avais les yeux secs et le cœur serré, peu d’émotion, si ce n’est de la nerveuse, une espèce de colère, mon regard devait être dur[35].

Et un peu plus tard :

Ma tristesse a pris une autre forme : j’ai eu l’idée de revenir (à toutes les stations j’hésitais à descendre, la peur d’être un lâche me retenait) et je me figurais la voix d’Eugénie criant : « Madame, c’est M. Gustave ! » Ce plaisir immense, je pouvais le lui faire tout de suite, il ne tenait qu’à moi, et je me berçais de cette idée ; j’étais brisé, je m’y délassais (ibid., p. 595).

Nous noterons comment Gustave se soigne de la dure séparation, par l’image ou l’imagination (j’ai eu l’idée, je me figurais) d’une bonne action bienfaisante… A l’évidence torturé et coupable, son esprit montre une certaine mauvaise foi. Ceci augure finalement mal du voyage, en tous cas des raisons pour lesquelles il l’entreprend.

Le récit des souffrances continue :

De Nogent à Paris, quel voyage ! J’ai fermé les glaces (j’étais seul), ai mis mon mouchoir sur la bouche et me suis mis à pleurer. Les sons de ma voix (qui m’ont rappelé Dorval deux ou trois fois) m’ont rappelé à moi ; puis ça a recommencé[36].

Et une fois à Paris, chez Maxime Du Camp, il pense repartir, mais Maxime lui fait écrire son serment :

Maxime rentre à minuit, j’étais aplati et indécis. Il me mit le marché à la main, le parti pris fit que je ne revins pas à Nogent. Je l’ai là, cette lettre (je viens de la relire et je la touche froidement), écrite à une heure du matin, après toute une soirée de sanglots et d’un déchirement comme aucune séparation encore ne m’en avait causé. (ibid.)

Le voyage provoque l’arrachement chez Flaubert qui semble avoir une réaction disproportionnée, quand on sait la force de son désir initial de se libérer des entraves familiales. Sachant que Flaubert a vingt-huit ans, nous pouvons en déduire que ces souffrances sont vraiment celles d’un cœur sensible, particulièrement attaché à sa mère, écartelé dans ses contradictions, et qui, finalement, n’a que peu d’envie de partir vivre son vieux rêve d’exotisme !

Un esprit torturé

Flaubert sans doute plus que quiconque a donc très tôt pressenti la dualité des choses (cf. son désir de ne pas conclure) et la complexité de l’esprit humain (du sien surtout) … Dans une lettre à son ami Ernest, muté en Corse, il exprime comment il vit le voyage, sous cet angle permanent de la dualité :

Vas-tu t’en donner des maquis et du soleil ! peut-être en auras-tu vite assez et regretteras-tu la vallée de Cléry où je t’ai fait rouler de rire. Mais le cœur humain est ainsi mosaïqué que revenu aux Andelys tu regretteras la Corse. cela est de règle[37].

Cela est connu, l’herbe est toujours plus verte dans le pré voisin… Derrière ce poncif, c’est pourtant tout une approche inconsciente de la vie (et du voyage) que Flaubert met en place, avec ses défenses, ses évitements.  Cette lettre date de 1845, Flaubert est en voyage en Italie et exprime sa lassitude à son ami qui part prendre ses fonctions en Corse : « Que te dirai-je de moi ? toujours le même ! ni mieux ni pis, au moral comme au physique – j’ai revu la Méditerranée et je l’ai quittée, je monte en voiture le matin & j’en descends le soir ».

Son père lui conseillait de ne pas « voyager comme un épicier ». Or lui-même se retrouve coincé, entravé par la compagnie qui lui enlève la « poésie » du voyage. Ce qui fait que le voyage en Orient avec Du Camp prendra une autre tournure, licencieuse. Les voyages de Flaubert sont indéniablement particuliers, et, bien conscient de se situer à la naissance du « touriste », il fera tout pour s’en démarquer. Mais l’on est toujours le touriste de l’autre, et très vite, les rêves de puissance sont tournés en dérision, car Flaubert n’est pas un pacha[38].

Le voyage en Orient aura ceci de bien qu’il épuisera, en quelque sorte, bien des aspirations du jeune Flaubert et canaliseront en littérature son anticonformisme. Mais les contradictions demeurent, elles sont juste déplacées. Prenons l’exemple de son deuxième voyage en Orient, en Tunisie, pour les besoins de Salammbô. Il se réjouit d’abord de ce voyage, comme il l’écrit à sa correspondante, M-S. Leroyer de Chantepie :

Il faut absolument que je fasse un voyage en Afrique. Aussi, vers la fin de mars, je retournerai au pays des dattes. J'en suis tout heureux ! Je vais de nouveau vivre à cheval et dormir sous la tente. Quelle bonne bouffée d'air je humerai en montant, à Marseille, sur le bateau à vapeur[39] !

Flaubert se serait-il enfin réconcilié avec le voyage ? Que nenni ! La date fatidique approchant, ce sont les empêchements habituels, plus ou moins vrais, qui ressurgissent :

Je ne veux pas m'embarquer avant de vous dire un petit adieu, chère correspondante. Dans huit jours je serai à Marseille, dans quinze à Constantine et trois jours après à Tunis. Malgré le plaisir profond que me donne l'idée de prendre l'air, j'ai le cœur un peu gros, mais il faut avant tout faire son métier, suivre la vocation, remplir son devoir en un mot[40].

Lui qui écrivait quelques années plus tôt à Louise Colet toute son envie d’exotisme, ne se déplace plus qu’à contrecœur ! Et pourtant, il le sait, le voyage sera court. De plus, il a soin de préciser qu’il ne voyage plus que pour les besoins de la cause ! alors, pourquoi ce « cœur gros » ? Dame littérature exige de la part de son champion son tribut de sacrifices ! Une lettre de Tunis, adressée à Jeanne Tourbey, sa maîtresse, montre de nouveau qu’il a épuisé l’exotisme de l’Orient ; il ne lui reste que l’amour et la littérature :

J'ai vécu depuis cinq semaines avec ce souvenir (qui est un désir aussi). Votre image m'a tenu compagnie dans la solitude, incessamment. J'ai entendu votre voix à travers le bruit des flots et votre charmant visage voltige autour de moi, sur les haies de nopals, à l'ombre des palmiers & dans l'horizon des montagnes. Il me semble que j'ai emporté de votre chère personne une sorte d'émanation qui me pénètre, un parfum dont je suis embaumé, qui m'assoupit & qui m'ennivre [sic]. Je vous en veux d'occuper tant de place dans ma pensée. Quand je veux rêver à Carthage, c'est la rue de Vendôme qui se représente[41].

Simples mots galants ? La chose n’est pas à exclure ; cependant, il est frappant de noter que Flaubert, dix ans après, reproduit exactement le même comportement décrit par Du Camp, à la seconde cataracte. En guise d’exotisme, de découvertes, de libertés, la mission orientale est ratée. Flaubert se décrit lui-même en voyage comme un « commis voyageur » à son neveu Feydeau. La description ne manque pas de sel :

Je me couche tard et je me lève de grand matin. Je dors comme un caillou, je mange comme un ogre et je bois comme une éponge et je — comm [sic] un âne ! Tu n'as jamais vu ton oncle en voyage, c'est là qu'il est beauf ! La table d'hôtes, où je mange, est bouleversée depuis ma venue et les gens qui ne me connaissent pas me prennent certainement pr un commis voyageur[42].

Le lecteur cherchera sans doute la « poésie » du voyageur. Il faut dire que vingt ans ou presque ont passé… Poésie de l’exotisme ? Trivialité du voyage ? La résolution de cette éternelle contradiction se trouve peut-être dans une de ses phrases à ce même ami Feydeau : « L'existence [n’est] tolérable que dans le délire littéraire. Mais le délire a des intermittences ; et c'est alors que l'on s'embête[43]. »

Conclusion

Le voyage concentre les contradictions de Flaubert. Les écrits des voyages de jeunesse montrent un jeune homme désireux de s’affranchir au plus vite de la tutelle familiale pour explorer un Ailleurs qu’il pressent riche de potentialités. Le pivot qu’est le voyage en Orient sera la concrétisation de toutes ses attentes, mais de façon peu surprenante, ne lui apportera pas la satisfaction attendue, celle qu’il espérait au plus profond de lui ; et pourtant, il aura eu accès à toutes les libertés. Certes, il reconnaît avoir eu de grands moments d’ivresse, mais l’exotisme est encore ailleurs. Le voyage n’était finalement qu’un prétexte, et le déplacement aura été profitable en ce qu’il lui aura fait connaître ses limites.

Pour un être hypersensible et torturé, l’Ailleurs ne saurait être que l’Ici et l’Autre le Même. Il faut maintenant faire avec l’auteur le constat que tout exotisme est mort. Flaubert tentera de le ressusciter par les délires de la Littérature et ainsi d’échapper à ses propres fantômes, volupté érotique, puissance terrestre, ceux-là même qu’il projetait, jeune, dans l’exotisme.

Patrick MATHIEU

Université de Mayotte / CIELAM

 

 

Notes

[1]

Maxime Du Camp, Souvenirs intimes, t. 1, Paris, Hachette, 1883, p. 481.

[2]

Albert Thibaudet, Gustave Flaubert, Paris, Gallimard, Collection Tel, 1933, p. 62.

[3]

Cf. Flaubert voyageur, sous la direction d’Éric le Calvez, Classiques Garnier, 2019.

[4]

Thierry Poyet a montré et résumé quel homme de contradictions était Gustave Flaubert : « Nous estimons au contraire qu’elles [les lettres] développent un mode de comportement, une façon nouvelle d’appréhender la vie : la contradiction. », Flaubert ou une conscience en formation, Paris, L’Harmattan, 2008, p. 52.

[5]

De nombreux articles ont mis en évidence tout d’abord la crise de la représentation à l’œuvre chez l’auteur, et ce dès 1840, et d’autre part, sa très nette conscience de ne pas (plus) pouvoir écrire de récit de voyage. Voir par exemple Sarga Moussa, Critique du voyage. L'exemple de la correspondance d'Orient de Flaubert. Itinéraires littéraires du voyage, ADIREL, pp.169-176, 2013, ou encore « La nuit orientale », dans Sur les pas de Flaubert. Approches sensibles du paysage, Philippe Antoine (dir.), Amsterdam-New York, Rodopi, « CRIN », 2014, p. 109-110.

[6]

Flaubert à Ernest Chevalier, 23 février 1847, Correspondance complète de Flaubert en ligne, sur le site Flaubert : https://flaubert.univ-rouen.fr/correspondance/correspondance/23-f%C3%A9…

[7]

À ce propos, son tourisme sexuel en Orient ne fait plus guère de doute.

[8]

Gustave Flaubert, « Voyage en Italie », Œuvres de jeunesse, Gallimard, La Pléiade, 2001, p. 1095. Je souligne.

[9]

Ibid. Flaubert à Ernest Chevalier, 28 avril 1847.

[10]

« Je ne sais encore ce que je ferai, ni où j’irai ces vacances, je suis dans le plus gd embarras, si je dois faire mon voyage des Pyrénées […] le voyage sans doute me plaît, mais le compagnon guères, après tout j’ai peut-être tort, gd tort. » Ibid. Flaubert à Ernest Chevalier, 07 juillet 1840.

[11]

Ibid. Flaubert à Alfred Le Poittevin, 15 avril 1845. Je souligne.

[12]

Ibid. Flaubert à Alfred Le Poittevin, 01 mai 1845. Je souligne.

[13]

« Le voyage flaubertien se caractérise en effet par la sensibilité particulière qui s’y fait jour », Alexandre Bonafos, « Vider tous les horizons », in Flaubert voyageur, dir. Éric le Calvez, op. cit., p. 56.

[14]

Gustave Flaubert, Cahier intime de 1840-1841 in Œuvres de jeunesse, Gallimard, La Pléiade, 2001, p. 749.

[15]

Ibid., p. 749. Je souligne.

[16]

Flaubert à Ernest Chevalier, 14 novembre 1840. On retrouvera cette même idée de faire sauter la tête des gens déplaisants dans le Cahier intime de 1840-1841, in Œuvres de jeunesse, Gallimard, la Pléiade, 2001, p. 739.

[17]

Gustave Flaubert, Cahier intime de 1840-1841, op cit, p. 743. Je souligne.

[18]

Ibid., p. 731. Ailleurs encore il vantera Néron. Gisèle Séginger a montré comment « Flaubert joue […] Sade et le matérialisme du XVIIIe siècle contre les pensées de l’histoire », Flaubert Une poétique de l’histoire, lieu ?Presses universitaires de Strasbourg, 2000, p. 63. Pour sa part, Luce Czyba écrit : « L’étude des œuvres ultérieures permettra de confirmer cette fonction essentielle de l’obsession sadique dans la mythologie féminine de l’écrivain », in La Femme dans les romans de Flaubert, PUL, 1983, p. 29.

[19]

Flaubert à Louise Colet, 20 septembre 1846. Je souligne.

[20]

Sa nièce Caroline Franklin-Grout dans ses Souvenirs intimes trahit sans doute malgré elle quelle sorte d’enfant gâté - voire de despote domestique - était son oncle, et ce dès 1846.

[21]

Gustave Flaubert, Cahier intime de 1840-1841, op. cit., p. 733.

[22]

Ibid., p. 737.

[23]

Ibid., p. 737. Il s’agit peut-être de ceux d’Élisa Schlésinger, ce que laisse entendre Luce Czyba, Écrire au XIXe siècle, « les Silences de Justin », Annales littéraires de l’Université de Besançon, 1998, Les Belles lettres, p. 232.

[24]

Flaubert à Louise Colet, 14 septembre 1846. Le bouddhisme l’attire par cette possibilité d’infini en soi, de gloire immanente , cette « folie » dont il parlera à Louise à propose de Louis Lambert, de Balzac.

[25]

Flaubert à Louise Colet, 14 août 1853.

[26]

Flaubert à Louis Bouilhet, 24 août 1853. Je souligne.

[27]

Thierry Poyet, « L’art de voyager de Gustave Flaubert. Les contradictions du voyageur », Viatica, CRLV, n° 4, mars 2017.

[28]

Flaubert à Bouilhet, 1er décembre 1849. Flaubert souligne.

[29]

Lire par exemple son Cahier intime, op. cit., p. 732 : « Quand on écrit on sent ce qui doit être […] et cette impuissance à rendre tout cela est le désespoir éternel de ceux qui écrivent [,] la misère des langues qui ont à peine un mot pour cent pensées [,] la faiblesse de l’homme qui ne sait pas trouver l’approchant et à moi particulièrement mon éternelle angoisse ». Je souligne.

[30]

Flaubert à Frédéric Baudry, 21 juillet 1850.

[31]

Flaubert à Ernest Chevalier, 21 avril 1840.

[32]

Sans doute liée au traumatisme de la « scène primitive », selon Freud. C’est par exemple l’analyse de Luce Czyba : « Les origines de la vie sont irrémédiablement souillées, la vie elle-même est frappée d’une effroyable malédiction, l’amour physique est synonyme d’obscénité, de paroxysme absurde, de déchaînement sauvage », La Femme dans les romans de Flaubert, Presses universitaires de Lyon, 1983, p. 24.

[33]

Flaubert, Voyage en Orient, in Œuvres complètes, Paris, Gallimard, Pléiade, T. II, p. 599.

[34]

« Quant à moi [d’être ému], ç’avait été l’avant-veille, le samedi, en serrant mes plumes (celle-là même avec laquelle j’écris en faisait partie) et en fermant mes armoires ». Flaubert, Voyage en Orient, op. cit., p. 593.

[35]

Flaubert, Voyage en Orient, op. cit., p. 594.

[36]

Ibid., p. 595.

[37]

Flaubert à Ernest Chevalier, 13 mai 1845.

[38]

Cf. note n° 5, Sarga Moussa, « Flaubert critique du voyage ».

[39]

Flaubert à M-S. Leroyer de Chantepie, 23 janvier 1858.

[40]

Flaubert à M-S. Leroyer de Chantepie, 06 avril 1858.

[41]

Flaubert à Jeanne Tourbey - Loynes, 15 mai 1858.

[42]

Flaubert à Ernest Feydeau, 01 mai 1858. Flaubert souligne.

[43]

Flaubert à Ernest Feydeau, 19 juin 1861.

Référence électronique

Patrick MATHIEU, « Flaubert, Vie et mort de l’exotisme », Astrolabe - ISSN 2102-538X [En ligne], Géographies imaginaires, mis en ligne le 20/12/2024, URL : https://crlv.org/articles/flaubert-vie-mort-lexotisme

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Table des matières

Présentation

2. L’imaginaire géographique dans la fiction viatique