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Un explorateur prÉcolonial À l’Ère de l’expansion des empires
Le médecin grec Panagiotis Potagos (1839-1903)

 

Au dernier quart de XIXe siècle, au point culminant de l’expansion coloniale, la géographie dépassa le cadre d’une discipline scientifique neutre et, sortie du cabinet du savant, elle devint « appliquée »[1], et même « militante »[2] . Ses débuts sous sa forme moderne de discipline distincte, séparée de la vieille géographie historique, se situent à partir de 1870, quand la victoire de la Prusse contre la France fut entre autres attribuée à  l’excellente connaissance de la configuration du territoire français de la première, ce qui stimula les études dans cette direction. Vingt ans plus tard, il y avait douze chaires de géographie en Allemagne et sept en France, dont trois fondées après 1870 (à Caen, Bordeaux et Lyon)[3].

Les principaux promoteurs de cette tendance furent les sociétés de géographie des capitales européennes qui connaissent alors leur essor. Instances incontestables pour qualifier une expédition de scientifique, elles agencent la transition de l’aventure romantique et solitaire aux projets impériaux où se combinent considérations stratégiques, intérêts commerciaux, promotion de la connaissance du globe terrestre et  rehaussement du prestige national. Les exploits de l’explorateur doivent désormais répondre à des exigences rigoureuses, pour que ses résultats soient reconnus officiellement par la communauté scientifique, et les sociétés de géographie en définissent les critères. L’exploration constitue alors un ensemble concret de pratiques culturelles mobilisant hommes et moyens, notamment équipement, publicité et autorité[4]. Des instructions précises  sont données sur les lieux à visiter, les phénomènes à observer, les spécimens à collecter et les instruments à emporter. Afin que soient obtenues des informations fiables, des manuels codifient l’essentiel des connaissances scientifiques et offrent des questionnaires et des tableaux à remplir de données recueillies sur place. En 1881, le mouvement géographique en France surpassait celui de tous les autres pays européens, et les sociétés géographiques n’y comptaient pas moins de 9 500 membres, contre 5 300 pour l’Allemagne et 3 371 pour la Grande Bretagne. Seules en Europe, la Turquie, la Grèce, la Serbie et la Norvège ne possédaient pas encore leur société géographique nationale[5].

C’est cependant en Grèce que surgit, vers la fin du XIXe siècle, un explorateur amateur méconnu, un personnage insolite tant pour ses concitoyens que dans le contexte international, qui réalisa en solitaire trois grands voyages d’exploration, deux en Asie centrale et un troisième au cœur de l’Afrique équatoriale, le médecin Panagiotis Potagos[6]. Bien que contemporain de l’apogée de l’impérialisme conquérant, Potagos serait mieux considéré sous le paradigme précédent de l’explorateur solitaire, qui voyage en « double dépendance politique et logistique »[7] des habitants des pays qu’il traverse et de leurs souverains, en interaction constante et multiple avec ceux-ci, et exempt de visées de conquête et d’assujettissement. Nous considérons Potagos, malgré sa venue tardive, comme un explorateur précolonial qui agit par curiosité et de sa propre initiative, sans soutien institutionnel ni desseins politiques ou économiques. Chez Potagos, exploration et colonisation se dissocient, et sa motivation se situerait plutôt au champ culturel que politique. Son cas reste néanmoins révélateur de la portée du discours de l’exploration et de sa réception attardée à la périphérie sud-est européenne.

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[Image 1: Photo de P. Potagos vers 1880 envoyée par lui-même à la Société de Géographie de Paris]

La source principale sur les voyages de Potagos est son propre récit publié en grec en 1883 et traduit en français deux ans plus tard[8], corroboré par l’évocation de son trajet par d’autres explorateurs qui ont retrouvé les traces de son passage dans les régions parcourues. Potagos affirme qu’il se lança dans l’aventure par pure impulsion, sans préparatifs méticuleux, et qu’il s’embarqua avec, pour seules ressources, sa fortune personnelle et son métier de médecin qu’il pourrait exercer en cas de besoin. Il n’avait pas de commanditaire ni de liaison avec quelque éditeur qui pourrait à son retour lui assurer la publicité de ses voyages. De plus, son bagage scientifique se limitait aux écrits des géographes et historiens de l’Antiquité, tels Hérodote, Polybe ou Strabon, Potagos n’emportant rien de l’outillage habituel de l’explorateur, car, comme il le raconte lui-même : « J’ai trouvé tout à fait inutile pour un voyageur, en passant dans un pays, de chercher à constater les phénomènes météorologiques par les baromètres et les thermomètres, attendu que nos astronomes, calculant continuellement pendant de siècles nos climats, à l’aide de ces instruments, ne sont arrivés à aucun résultat. Je ne prétends pas avoir donné des nombres d’une exactitude rigoureuse, ce dont jamais personne n’a pu se flatter. Je dis cependant que ce que je donne, s’appuyant sur des lois naturelles, est très près de la vérité »[9].

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[Image 2: P. Potagos, Dix années de voyages, Paris, 1885]

Cette désinvolture lui coûtera plus tard la mise en doute de la validité de ses observations. Si « par “géographie d’exploration”, on entend l’ensemble du dispositif qui vise à produire un savoir géographique essentiellement orienté vers la réalisation des cartes et se fonde sur un partage des tâches entre géographes et voyageurs »[10], Potagos se démarque clairement de cette définition.  Sa résolution de se concentrer sur la vérification des textes anciens au lieu de recueillir le plus grand nombre d’observations de terrain sur les populations et les lieux rencontrés affaiblit considérablement la portée de son rapport pour la communauté géographique internationale. Potagos ne suivit pas les pratiques établies ni les règles de l’exploration scientifique. Son cas souleva des contestations. Des doutes sérieux sur la véridicité même de ses voyages et le bien-fondé de son expérience ont été émis[11]. Néanmoins, le fait qu’il se soit rendu dans des contrées si mal connues rendit opportun son témoignage, malgré l’excentricité de celui-ci, et la traduction française de son œuvre fut assez souvent citée et commentée par des condisciples beaucoup plus éminents[12].

Potagos voyagea pendant dix ans, de 1867 à 1878, en Asie centrale et en Afrique équatoriale. Ses descriptions des lieux traversés et des peuples rencontrés sont succinctes et, dans une grande partie de sa narration, il adopte une tournure littéraire consacrée à des références savantes aux auteurs de l’Antiquité, au retracement du parcours exact d’Alexandre le Grand ou au témoignage de la Bible. Néanmoins, les remarques fondamentales sur les détails logistiques de son voyage et sur le quotidien de ses déplacements dévoilent un vaste champ de contacts et d’interactions avec les habitants, et son récit incite alors à une relecture à deuxième niveau.

Origines et voyages en Asie centrale

Potagos était né à Vytina, village montagnard au centre du Péloponnèse, en 1839, dans une famille aisée de notables. Il hérita de son père une fortune qui devait être considérable et une bibliothèque « d’une valeur réelle pour le temps, [où il a] rencontré les livres qui [lui] ont inspiré le goût de l’étude : une géographie mathématique, une philosophie, quelques exemplaires de nos anciens auteurs, le code d’Armenopoulos et d’autres »[13]. Il suivit des études de médecine à l’Université d’Athènes et, en 1864, il obtint une bourse qui lui permit de se rendre en France pour compléter sa formation médicale dans les hôpitaux de Paris, en 1865-1866. Potagos s’y distingua pour son dévouement au chevet de ses malades durant une épidémie de choléra, et il reçut la reconnaissance officielle de la France pour ses services[14]. De retour en Grèce en juillet 1866, il ne put s’adapter aux réalités du pays et aux vives discordes politiques et il résolut de tout abandonner, afin « d’entreprendre des voyages pour le progrès de la science »[15]. En novembre 1867, Potagos, sans prévenir ses proches, partit pour Smyrne, point de départ de son premier voyage.

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[Image 3: Carte de son premier voyage en Asie Centrale]

Il suivit essentiellement l’ancienne Route de la Soie, du mois de novembre 1867 jusqu’à la fin de 1872. Il entama son trajet par le Proche Orient en débarquant à Alexandrette, et traversa ensuite la Syrie et l’Iraq actuels pour arriver à Téhéran et puis à Mechhed, au sud-est de l’Iran, le 24 octobre 1869[16]. Sa préoccupation majeure étant de vérifier l’exactitude des auteurs de l’Antiquité, comme nous l’avons déjà mentionné, il se réfère surtout à Xénophon et à Strabon, et identifie les lieux visités avec les citations anciennes et les sites de la campagne d’Alexandre. Il traversa le Khorasan, qu’il décrit en regard aux écrits de Strabon, de Ptolémée et de Marco Polo, et entra dans l’Afghanistan ravagé par la guerre contre les Turcomans. Potagos passa l’hiver 1869-1870 à Herat, logé au palais du prince. La région constituait alors un espace aux frontières indistinctes, livré au « Grand Jeu » entre la Russie et la Grande Bretagne, dont l’enjeu était le contrôle de la route des Indes. Dans ce contexte de politique internationale agressive, Potagos, dépourvu de compagnons ou d’escorte armée, recherche la protection des souverains locaux chez lesquels il découvre des hôtes généreux. Suivant le conseil de l’émir de Kaboul, Shir Ali Khan, il adopta le déguisement d’un séminariste grec pour ne pas être pris « pour un Russe ou pour un Anglais » dans ces contrées hostiles[17] et quitta Kaboul pour le nord, le 14 juin, après avoir été « supplié d’accepter le cadeau royal [de cent pièces d’or] »[18].

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[Image 4: Shir Ali Khan entouré de ses proches en 1869]

Suivant le cours de l’Amou, il retrouve des traces du passage de plusieurs Anglais qui exploraient les voies de communication du Turkestan avec l’Afghanistan et les Indes[19], et fit la découverte d’un premier lac, source secondaire de l’Amour, qu’il baptisa Pollux et d’un deuxième, qu’il nomma Castor, ses appellations n’ayant pas été retenues par la science. Comme il l’apprit ultérieurement par Charles de Ujfalvy, de la Société de Géographie de Paris, le lac Castor fut connu sous le nom, peu original, de Victoria que lui donna un Anglais qui traversa le Pamir huit ans plus tard, en 1878. Celui-ci, contrairement à Potagos qui pensait que le rapport qu’il en avait fait aux autorités anglaises de Calcutta suffisait, prit le soin d’en dresser une carte[20]. Potagos continua son voyage par le désert du Pamir oriental et arriva à la ville de Toksoun, dans l’actuelle région autonome de Xinjiang en Chine, où il fut obligé de s’attarder pendant cinq mois à cause d’une révolte musulmane. L’explorateur russe Albert Regel, dans le rapport de son expédition au Turfan en 1879, affirme qu’on y parlait encore d’un médecin occidental qui, pourvu de ses seuls médicaments et accompagné de son chien, passa par cette ville en direction de Hami, faisant des croquis de la région[21].

Les autorités chinoises de Hami, où il arriva le 1er avril 1871, lui enlevèrent ses collections d’anciennes pièces de monnaies grecques et de pierres précieuses achetées à Kaboul et le jetèrent en prison. Forcé de rester à la forteresse d’Erpouné pendant un an, il fit preuve de ses capacités de médecin en cherchant à améliorer les conditions de sa détention. Effectivement, « depuis ce moment [d’une opération réussie] il m’envoya chaque jour avec beaucoup de régularité ma nourriture et celle de mes chevaux »[22]. Et plus tard, « je trouvai pour mon bonheur, dans la forteresse, le croup, dont beaucoup mouraient. Je ne perdis qu’un seul malade ; je les guéris par des saignées au bras, et en leur insufflant par une seringue dans la gorge un mélange de sucre et d’alun. […] Ils m’appelaient lo-tiansin (grand philosophe), et disaient avec étonnement : Tou tchito (il sait tout) »[23].  Libéré en juin 1872 mais interdit de se rendre à Pékin, il retourna vers l’ouest, sur territoire russe, passant par Semipalatinsk, Omsk, Perm, Nijni-Novgorod, Moscou (« où je visitai l’exposition industrielle qui s’y tenait alors »[24]), pour arriver à Saint-Pétersbourg le 22 août 1872. Comme le tsar Alexandre II et le prince Gortschakoff se trouvaient à Berlin pour les négociations de l’Entente des trois empereurs[25], Potagos rencontra le baron Osten-Sacken qui dirigeait le ministère des Affaires Étrangères pendant l’absence du ministre et qui était aussi le secrétaire de la Société impériale de géographie de Russie. Celui-ci lui donna des renseignements sur le Turkestan oriental, mais ne put obtenir d’action effective de la part du gouvernement russe auprès des Chinois afin de récupérer ses collections confisquées. On lui prépara néanmoins un passeport russe et, au mois d’août 1872, il put quitter la Russie par le port d’Odessa pour Salonique, ayant dû vendre deux tabatières en jaspe rapportées de Chine, pour payer ses frais de voyage[26].

À Salonique, grand port de l’Empire ottoman, ville cosmopolite et pluriethnique, Potagos resta deux ans, exerçant sa profession médicale. Il envoya à l’Université d’Athènes ce qui restait de ses collections, mais « les professeurs de notre Université regardèrent [ses] collections comme un présent sans valeur, et [lui] comme [s’] occupant de niaiseries »[27]. L’actualité politique du pays, alors profondément troublée par le scandale de spéculation boursière avec les actions de la compagnie minière de Lavrion[28], n’était pas propice à des aventures exotiques au fin fond des hauts plateaux de la Mongolie. Aussi, les lettres de Potagos au Ministère des Affaires Étrangères et à la Société pour la Propagation de la Langue Grecque[29] restèrent-elles sans réponse. Déçu à nouveau de son pays, il  résolut d’entreprendre un nouveau voyage « dès qu’ [il eut] des ressources suffisantes »[30].

      Son deuxième voyage, de mars à décembre 1875, le conduisit encore en Afghanistan, mais par une route différente. Avant de prendre le bateau pour Bombay, il visita la bibliothèque du monastère orthodoxe de Sainte Catherine au Sinaï, désirant cette fois étudier l’Exode des Hébreux[31]. Ensuite il voyagea en chemin de fer jusqu’à Peshawar où il présenta au sous-gouverneur britannique son désir d’aller à Kaboul. En effet, le révérend Jukes, missionnaire canadien à Peshawar, affirme dans ses Mémoires y avoir rencontré, en juin 1875, un voyageur grec « très intéressant », pouvant converser en français, italien, perse et turc, qui parcourait la Perse, le Turkestan, le Tibet, la Tatarie chinoise et la Russie, et insistait pour obtenir la permission de se rendre à Kaboul[32]. Au bout d’un mois, les Anglais lui défendirent « sévèrement » de passer les frontières au nord des possessions anglaises de l’Inde[33]. Ferme dans son projet, Potagos passa par le Pakistan actuel, allant de Peshawar à Lahore. Le 20 juin, arrivé à la ville portuaire de Bandar Abbas, au bord du golfe Persique, il remonta, à dos de chameau, vers Kaboul, encombrant son récit d’une multitude de références bibliques dans le double but de déterminer les sites de l’Ancien Testament et ceux de l’expédition des Argonautes[34]. Il préféra voyager la nuit, à cause de la chaleur, traversa la province de Sistan (actuellement à la frontière orientale de l’Iran) et atteignit enfin Kaboul le 31 juillet 1875. L’émir le reçut avec affection « mais ce n’était plus la même douceur qu’il y a cinq ans »[35]. Affronté à une conspiration de ses frères et de ses enfants, son empire étant épuisé par des guerres continuelles, il était devenu méfiant et « tout son soin était de plaire aux Anglais dont il recevait de l’argent »[36]. Les Anglais, irrités car Potagos était passé là où ils lui avaient refusé l’accès, auraient mis en garde l’émir contre lui. Et lui se flatte de penser : « De sorte que mon entrée à Kaboul et ma descente de là aux Indes fut je ne dis pas la seule, mais une des causes de la guerre »[37]. Il quitta Kaboul en direction du sud-ouest et arriva, le 10 août, à Kohat (actuellement à la frontière nord-ouest du Pakistan), où il rencontra Louis Cavagnari, alors gouverneur de la ville, qui lui donna une escorte armée jusqu’au passage de l’Indus[38]. En Inde, Potagos visita Bénarès et Calcutta, où il rencontra Sir Douglas Forsyth[39] et, « après avoir vu quelques fêtes indiennes »[40] auxquelles il ne s’attarda pas, il prit, le 14 décembre, le bateau pour l’Égypte méditant déjà son voyage africain.

En Afrique équatoriale

La dernière expédition de Potagos, bien que plus courte (elle dura deux ans), eut des résultats plus significatifs pour le savoir géographique, puisqu’il fut le premier Européen à s’aventurer autant à l’ouest du Nil bleu, et donc le premier à mentionner les rivières Ada et Mbomou qui furent étudiées plus systématiquement par ses successeurs[41]. Potagos aborda son exploration africaine par l’est du continent, plus accessible en ce qui concerne le relief et les conditions climatiques. Son premier soin en arrivant au Caire fut d’aller demander conseil au botaniste allemand Georg August Schweinfurth (1836-1925), explorateur respecté de l’Afrique centrale, qui lui recommanda « à considérer avec soin les plantes [qu’il] rencontrerai[t] dans les régions tropicales ; il espérait [qu’il pourrait] confirmer son hypothèse sur l’origine de ces plantes, et reconnaître en elles des espèces venues de l’Inde dans le continent africain à des époques très anciennes »[42]. Mais Potagos n’était guère adepte de ces théories modernes. Il préféra s’en tenir « à l’opinion de [ses] pères »[43], selon laquelle « les êtres et chaque espèce, suivant les lois constantes des climats, naissent et se propagent à la place que la nature leur a assignée ; la conformité ou la différence des êtres et des espèces des différent lieux est produit de la similitude ou de la différence de leurs climats »[44]. Schweinfurth lui conseilla aussi de se munir d’un passeport égyptien qui pourrait lui être utile, à cause de la guerre égypto-éthiopienne déclarée cette même année, ce dont Potagos ne tint également aucun compte.

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[Image 5: Le trajet de Potagos en Afrique équatoriale]
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[Image 5a : Potagos voyagea dans la région où quelques années plus tard se déroula l’expédition de Stanley à la recherche d’Emin Pacha]

Potagos quitta le Caire le 17 janvier 1876 pour le sud, en chemin de fer d’abord, puis alternant les trajets par bateau sur le Nil et à dos de chameaux en suivant les caravanes. Ses repères sont toujours les écrits d’Hérodote, de Strabon ou de Ptolémée, dont les descriptions sont vérifiées à chaque pas : « Hérodote nous les dépeint très grands [des rochers de granit], comme ils sont en effet »[45] ou bien, « aux environs du Chiabi, j’ai vu la fourmi dorée que Strabon appelle lion ; elle se rencontre, dit-il, où se trouvent beaucoup d’éléphants, de rhinocéros, de girafes, d’hippopotames et de crocodiles dans les nappes formées par le fleuve ; c’est ce qu’il y a en effet »[46]. Cependant, contrairement à son voyage asiatique où il avait affaire à des souverainetés établies auxquelles il s’adressait pour les autorisations nécessaires, Potagos, pris ici entre les hostilités africaines, montre plus d’intérêt pour les populations rencontrées, auprès desquelles il doit négocier la logistique de son voyage. Son récit renvoie à un espace en effervescence et densément peuplé, contrôlé par les Arabes et les Albanais[47]. L’autorité absolue dans la région revient à Zubair pacha, le maître de guerre arabe et grand marchand d’esclaves qui contrôlait le Bahr-el-Ghazal. Son réseau couvre le territoire et Potagos accepta à plusieurs reprises ses services, sans faire de commentaires sur la nature de son commerce. Le Grec trouva refuge dans ses zéribas (villages fortifiés) et Zubair lui offrit des porteurs, des guides et des informations, tout au long de son voyage[48]. Sous sa protection, Potagos passa à l’est du Darfour et s’enfonça ensuite vers le sud-ouest en inventoriant la flore et la faune du pays. Il n’est pourtant point préservé des aléas des circonstances locales : « Tout occupé à sa moisson, le souverain refusa de me donner des porteurs et des guides ; lui laissant mes bagages, je partis avec mon domestique le lendemain, et j’arrivai sans guide, ayant une direction à l’est, après deux heures et demie de marche, au milieu d’une tribu Kréki. Cette tribu, occupée aussi aux travaux des champs, ne pouvait me donner des hommes ni des guides »[49].

Sa sécurité étant tout de même assuré par Zubair, Potagos voyage pacifiquement. Durant son parcours, il ne fut jamais impliqué dans des batailles et il ne perdit pas de vies humaines, contrairement aux pratiques beaucoup plus agressives de Stanley, son contemporain. Lui, il jouit avec gratitude de l’hospitalité des locaux, comme par exemple à l’occasion d’un arrêt dans la tribu des Kara : « le roi me céda son lit, et tout de suite plusieurs Kara, grimpant admirablement sur les niamtandis, descendirent des gourdes pleines de nectar. Ils m’en apportaient plusieurs, d’autres entassaient devant moi des bananes […]. Couché, comme sous un divin berceau, sur le lit du roi, et me rassasiant des présents célestes de cette nature, je crus me trouver aux festins des dieux dans l’heureuse Éthiopie »[50].

Potagos nomma une crête de montagnes crête Macédonienne, nom révélateur des aspirations nationales, puisqu’à l’époque, la Macédoine ne faisait pas encore partie de l’État grec. Suivant la pratique établie, il donna le nom des souverains grecs aux phénomènes de relief qu’il « découvrit », comme le lac Olga et la montagne Georges[51]. Pas plus que ses toponymes asiatiques, ces appellations n’ont survécu pour la cartographie universelle. Quelques années plus tard, le voyage sur les pas de Potagos du Dr Wilhelm Junker (1840-1892), qualifié de « typical scientific explorer », qui relevait minutieusement ses observations astronomiques et dressait des cartes détaillées[52], ce que Potagos ne fit certainement pas, conféra de la crédibilité au récit du médecin grec. Junker suivit l’itinéraire de Potagos et put vérifier la véracité de son témoignage, malgré la naïveté de celui-ci dans l’examen des questions scientifiques, ses inexactitudes et son interprétation parfois fantasque des phénomènes qu’il rencontra[53].

Potagos dut modifier son itinéraire et faire un détour par le nord-ouest, à cause de la guerre tribale qui lui coupait la route du sud. La situation belliqueuse rendait l’engagement des porteurs et des guides difficile et lui interdit de continuer plus à l’est. Avec le même empressement auprès des autorités impériales qu’en Russie, il se dirigea vers Khartoum, afin de rencontrer Gordon Pacha, « nouvellement nommé gouverneur général du Soudan » qui pourrait désirer connaître ce que lui-même avait vu pendant son voyage. Or, « Son Excellence en savait plus long que moi là-dessus »[54].

Problèmes de synchronie

La double discordance de Potagos avec l’évolution de la Grèce en tant qu’État moderne, à l’échelle nationale, et aussi avec l’ère des empires, au niveau global, le condamna à l’effacement. Face à l’absence totale de toute « culture d’exploration » dans son pays natal, Potagos se tourna vers l’Europe et adressa à la nouvellement constituée Société Belge de Géographie un résumé de ses voyages en Asie et en Afrique. Il écrivit également aux Sociétés de géographie de Paris, de Londres, de Berlin, de Rome et du Caire. Afin de mettre en valeur ses découvertes, il avance dans ses lettres des arguments nouveaux par rapport au long récit de ses pérégrinations, pour attirer l’intérêt des puissances européennes[55]. Il tente donc de rallier a posteriori une conception qui peut rappeler celle de Livingstone (« améliorer le sort de ces peuplades et les civiliser, en y introduisant par les voies de communication, déjà décrites, le commerce »[56]), avec l’absence notable du christianisme ainsi que de toute notion de l’Afrique comme terrain d’évangélisation. Pour promouvoir son travail d’explorateur, Potagos fit lui-même une grande tournée des capitales européennes, durant laquelle il rencontra Charles Maunoir, le secrétaire général de la Société de géographie de Paris, en novembre 1879. Celui-ci s’engagea à présenter ses voyages à la prochaine séance de la Société et confia cette tâche à l’ethnologue et explorateur austro-hongrois Charles de Ujfalvy, qui commenta ses deux voyages en Asie centrale le 1er avril 1880, et à l’explorateur du Sahara Henri Duveyrier qui se chargea de son parcours africain[57].

Potagos retourna en Grèce en février 1883. Il s’adressa au roi Georges I et au Ministère de l’Instruction publique, mais ses démarches ne suscitèrent aucun intérêt de la part des autorités grecques. Sa demande du poste du directeur de la Bibliothèque Nationale, afin de pouvoir y compléter ses recherches, demeura aussi infructueuse[58]. Seule, l’Université d’Athènes l’accueillit favorablement et assuma, en 1883, les frais de l’édition grecque du premier volume de ses Dix années de voyages. Faute de soutien, il dut abandonner le projet d’un second volume qui aurait contenu ses observations ethnographiques. Profondément déçu, Potagos se retira à Corfou où il exerça son métier de médecin à Nymphès, un petit village au nord de l’île. Il y mourut oublié et ignoré de tous en 1903.

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[Image 6: Dessin imaginaire de Potagos en costume oriental par Photis Kontoglou, paru dans Fimismenoi andres kai lismonimenoi de 1942]

Pour la communauté scientifique internationale, Potagos fut un explorateur amateur « unique en son genre »[59], à qui on reconnaît quelque mérite dans son périple, mais dont on déplore le plus souvent le manque de rigueur et le caractère fantaisiste des observations. Le modèle désuet de l’exploration « pour le progrès de la science » qu’incarne Potagos correspond effectivement à la lenteur de la transmission des débats en cours, du centre européen jusqu’à la périphérie balkanique. De même, la déformation du voyage scientifique moderne en une recherche de vérification des sources antiques reflète l’élaboration pénible de l’identité nationale grecque moderne, à l’aide de la référence suprême et unificatrice que constituait l’autorité des Anciens. La confirmation des géographes de l’Antiquité par un Grec moderne, par un Néohellène, serait alors la pierre de touche qui éprouverait la solidité de l’édification de la Grèce moderne et affermirait la construction nationale sur la base de la continuité historique. Visionnaire méconnu dans son propre pays, occurrence archaïque et dépassée par rapport à la colonisation conquérante de la fin du XIXe siècle, Potagos constituerait sans doute un cas aberrant pour l’analyse postcoloniale établie, et il concourt ainsi à la réévaluation de l’équation déterministe entre exploration et colonisation.

Anne Karakatsouli

Notes de pied de page

  1. ^ William H. Schneider, « Geographical reform and municipal imperialism in France, 1870-80 », in John M. Mackenzie (ed.), Imperialism and the Natural World, Manchester, Manchester University Press, 1990, p. 105.
  2. ^ Felix Driver, Geography Militant. Cultures of Exploration and Empire, Oxford, Blackwell, 2001, p. 3.
  3. ^ Brian Hudson, « The New Geography and the New Imperialism », Antipode, tome 9, no 2, 1972, pp. 142-143; Donald Vernon McKay, « Colonialism in the French Geographical Movement, 1871-1881 », Geographical Review, vol. 33, no 2, avril 1943, p. 214; Numa Broc, « L’établissement de la géographie en France; diffusion, institutions, projets (1880-1890) », Annales de Géographie, tome 83, no 459, 1974, pp. 545-568.
  4. ^ Dominique Lejeune, Les sociétés de géographie en France et l’expansion coloniale au XIXe siècle, Paris, Albin Michel, 1993, p. 11.
  5. ^ Vernon McKay, loc. cit., p. 231. La Société Géographique Hellénique ne fut finalement fondée que le siècle suivant, en 1919, après deux tentatives avortées en 1901 et 1908 et avait comme but l’établissement de cartes géographiques précises et modernes pour le territoire grec qui avait été récemment considérablement agrandi. Cf. Elliniki Geographiki Etaireia, Pepragmena Protis Pentaetias 1919-1923 [Actes du premier quinquennat 1919-1923], Athènes, 1924, pp. 21-22.
  6. ^ Parfois enregistré par erreur comme « Papagotis », cf. certaines des notices de la Bibliothèque Nationale de France.
  7. ^ Isabelle Surun, « L’exploration de l’Afrique au XIXe siècle : une histoire précoloniale au regard des postcolonial studies », Revue d’histoire du XIXe siècle, vol. 32, 2006, [En ligne], mis en ligne le 03 novembre 2008. URL : http://rh19.revues.org/index1089.html. Consulté le 24 mai 2010.
  8. ^ Panagiotis Potagos, Perilipsis periigiseon [Sommaire de pérégrinations], Athènes, Ed. A. Ktenas, 1883 et Dix années de voyages dans l’Asie centrale et l’Afrique équatoriale, Paris, Ernest Leroux éditeur, 1885.
  9. ^ Idem, p. 288.
  10. ^ Isabelle Surun, « Les Sociétés de géographie dans la première moitié du XIXe siècle : Quelle institutionnalisation pour quelle géographie ? », in Hélène Blais et Isabelle Laboulais [dir.], Géographies plurielles : Les sciences géographiques au moment de l’émergence des sciences humaines (1750-1850), Paris, L’Harmattan, 2006, p. 114.
  11. ^ Le critique le plus sévère fut Richard Hill (1901-1996), spécialiste britannique de l’histoire du Soudan, qui dans son article « The African travels of Panaghiotis Potagos, 1876-1877 », Geographical Journal, cxxxiv, 1968, pp. 55-59, soutint que le récit de Potagos est produit pur de son imagination jetant le doute sur son voyage en Afrique équatoriale. Hill y soutient qu’il s’agît d’un « pseudo-voyageur » sans connaissance directe des lieux décrits, dont le récit est truffé d’erreurs en ce qui concerne les noms de lieux ou de personnages et que la qualité de sa traduction française n’est que très pauvre. Il admet néanmoins que sa critique se fait sur la base de la translittération française de noms arabes déjà translittérés en grec, que les contemporains de Potagos, souvent d’ explorateurs illustres tels Wilhelm Junker ou Albert Regel, n’ont nullement douté de son témoignage et que les études récentes de S. Santandrea et de A. Thuriaux-Hennebert acceptent que ces voyages ont eu lieu malgré la narration « fantaisiste » de leur auteur. Voir R. Hill, « The African travels of Panaghiotis Potagos, 1876-1877: A Postscript », Geographical Journal, CXXXV, 1969, pp. 317-318.
  12. ^ Le texte grec fut par contre longtemps ignoré vu l’indifférence générale que rencontra Potagos à son retour au pays. De plus, il avait adopté une forme particulièrement sèche et ingrate de la katharevousa (la variante archaïsante du grec moderne), ce qui pouvait facilement décourager les lecteurs.
  13. ^ P. Potagos, Dix années…, op. cit., p. x.
  14. ^ « Panagiotis Potagos », Megali Elliniki Egkyclopaideia, Athènes, Pyrsos, 1932, vol. XX, p. 598-599. Vraisemblablement il s’agit de la 4e pandémie de 1863 à 1876.
  15. ^ P. Potagos, Dix années…, op. cit., p. xii.
  16. ^ La Grèce n’ayant adopté le calendrier grégorien qu’en 1924, le texte grec de Potagos suit le calendrier julien tandis que sa traduction en français emploie la double datation selon les deux systèmes. Ici nous donnons la date correspondant au calendrier moderne.
  17. ^ Idem, p. 30.
  18. ^ Idem, p. 34.
  19. ^ P. Potagos, Dix années…, op. cit., p. 67. Le chef de deux expéditions britanniques, contemporaines à Potagos, au Turkestan chinois était Sir Douglas Forsyth. Sous le couvert de l’exploration géographique il cherchait à établir un contact avec Ya’qub Bek, le souverain musulman du bassin du Tarim et meneur de la grande révolte des musulmans chinois de 1862, pour assurer une route caravanière régulière à travers le massif montagneux du Karakoram. Ya’qub Bek signa finalement un traité avec l’Angleterre en 1873. Cf. Sergueï Dmitriev, « Archéologie du Grand Jeu : Une brève histoire de l’Asie centrale », in Jacques Piatigorsky et Jacques Sapir [dir.], Le Grand Jeu, XIXe siècle. Les enjeux géopolitiques de l’Asie centrale, Paris, Editions Autrement, Coll. Mémoires/Histoire, no 145, 2009, p. 71-72. Sur les missions de sir Douglas, cf. Peter Hopkirk, The Great Game. On Secret Service in High Asia, Oxford, Oxford University Press, 1992, pp. 337-338, 347, 349, 354-358, 433 et 437. Ici il s’agit de la première mission de 1869-1870. Sir Douglas y retourna en 1873.
  20. ^ Idem, p. 70. Le voyage de Potagos est pourtant mentionné dans le rapport qu’a fait en 1896 George N. Curzon à la Royal Geographical Society de Londres de son expédition aux Pamirs et les sources de l’Oxus. Cf. George N. Curzon, « The Pamirs and the Source of the Oxus », The Geographical Journal, vol. 8, no 3 (Sept., 1896), p. 253: « In the same year (1870) I have found the traces of a similar journey across the Pamirs, starting from Kabul, and proceeding via Kunduz, Badakshan, and Wakhan to Yangi Hissar and Kashgar, of a Greek named Dr. Potagos, whose travels were translated into French and published fifteen years later. »
  21. ^ Albert Regel, « Meine Expedition nach Turfan 1879 », in Dr. A. Petermann's Mittheilungen aus Justus Perthes' Geographischer Anstalt, vol. 27, 1881, p. 380-394, et idem, vol. 31, 1885, p. 477.
  22. ^ P. Potagos, Dix années…, op. cit., p. 103.
  23. ^ Idem, p. 118.
  24. ^ Idem, p. 130. Il s’agit de l’Exposition Polytechnique Panrusse de 1872.
  25. ^ Potagos se trompe et écrit qu’il s’agissait du tsar Alexandre III. Idem, p. 130.
  26. ^ Idem, p. 137.
  27. ^ Idem, p. 153.
  28. ^ Après la ruine des nombreux actionnaires grecs, les mines anciennes d’argent de Lavrion furent finalement rachetées par l’ingénieur des mines italien Giovanni-Battista Serpieri qui fonda la Compagnie Française des Mines du Lavrion en 1876.
  29. ^ Organe officieux du Ministère des Affaires Etrangères aux buts irrédentistes, la Société œuvrait surtout en Macédoine et en Asie Mineure pour la dissémination de la langue grecque par la création des écoles et l’envoi d’instituteurs et de manuels grecs, et faisait de la propagande en faveur de l’inclusion des régions restées sous occupation ottomane au territoire hellénique.
  30. ^ P. Potagos, Dix années…, op. cit., p. 168.
  31. ^ Il expose en vingt pages et en grand détail ses conclusions sur le parcours exact de l’Exode. Idem, p. 171-191.
  32. ^ Rev. Worthington Jukes, Reminiscences of Missionnary Work in Amritsar 1872-1873 and on the Afghan Frontier in Peshawar War 1873-1890, p. 28-29. Mémoires tapuscrits par Jukes en 1925, [En ligne] URL : http://anglicanhistory.org/india/jukes1925/. L’original se trouve à la Cambridge University Library: Royal Commonwealth Society Library, Reminiscences of Worthington Jukes, GBR/0115/RCMS 90. Consulté le 12 janvier 2010.
  33. ^ P. Potagos, Dix années…, op. cit., p. 196.
  34. ^ Idem, p. 209-223. A ce projet déjà compliqué il ajoutera plus tard le parcours de Macro Polo. Idem, pp. 227-229.
  35. ^ Idem, p. 235.
  36. ^ Ibidem. Shir Ali Khan, troisième fils du fondateur de la dynastie Dost Mohammad Khan, régna de 1863 à 1866 et de 1868 jusqu’à sa mort en 1879. Pris entre l’antagonisme anglo-russe, il voulut garder la neutralité mais n’a pas pu éviter la seconde guerre anglo-afghane en 1878. Cf. P. Hopkirk, op.cit., pp. 337, 361, 381-385.
  37. ^ P. Potagos, Dix années…, op. cit., p. 235.
  38. ^ Le commandant Pierre Louis Napoléon Cavagnari, d’origine italienne (Potagos par erreur écrit Cavagueri),  né en France et nommé ambassadeur de la Grande Bretagne à Kaboul en juin 1879, fut massacré avec toute sa mission le 3 septembre 1879 par des troupes afghanes mutinées. Cf. Piatigorsky et Sapir, loc.cit., p. 140.
  39. ^ P. Potagos, Dix années…, op. cit., p. 244.
  40. ^ Idem, p. 245.
  41. ^ D. Cormyn, « The Westernmost Feeders of the Nile », The Geographical Journal, vol. 32, no 1 (July 1908), p. 95; Harry Hamilton Johnston, George Grenfell and the Congo: a history and description of the Congo Independent State, London, Hutchinson, 1908, p. 346. Dans un rapport de janvier 1984 de l’Office de la Recherche Scientifique et Technique d'Outre-mer (ORSTOM) sous le titre « Explorateurs méconnus de l’Est centrafricain. Premiers témoignages et explorations avant 1885 », le rédacteur anonyme arrive à la conclusion que « Potagos est un piètre naturaliste et cartographe et très probablement un affabulateur. On ne peut pourtant l’ignorer complètement. Même s’il s’agît d’informations et non d’observations directes, il apporte quelques données inédites en 1880, sur l’interfluve Congo-Nil, le bassin du Mbomou et le Dar Challa. » (p. 11 du document mis en ligne par l’Institut de recherche pour le développement.URL: http://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/pleins_textes_5/b_fdi_01/010016647.pdf. Consulté le 02 septembre 2010).
  42. ^ P. Potagos, Dix années…, op. cit., p. 245.
  43. ^ Ibidem.
  44. ^ Ibidem. Malgré sa réaction initiale, il nota consciencieusement parmi les plantes qu’il reconnait ceux étudiées par le savant allemand. Cf. P. Potagos, Dix années…, op. cit., pp. 268, 272 et 282.
  45. ^ Idem, p. 250.
  46. ^ Idem, p. 308.
  47. ^ Les Albanais avaient une longue tradition de service militaire à l’armée ottomane et certains parmi ceux rencontrés par Potagos en Afrique avaient précédemment servi en Grèce.
  48. ^ Ce que Potagos lui donna en échange passe également sous silence.
  49. ^ Idem, p. 302.
  50. ^ Idem, p. 284.
  51. ^ Idem, pp. 280, 293 et 306.
  52. ^ A. H. Keane, Preface, in Wilhelm Junker, Travels in Africa during the years 1882-1886, London, Chapman and Hall Ld., 1892,  p. vi.
  53. ^ W. Junker, Travels in Africa…, op. cit., pp. 173, 188, 208, 237 et 247. Potagos condamne ceux qui ont erronément écrit que les Niams-Niams avaient des queues et ont par là « donné occasion à certains de nos philosophes de faire de fausses théories sur la nature, et de prétendre que l’homme descend du singe. » Selon lui, « la nature a donné à chaque espèce la forme qu’elle a. Chaque espèce, suivant les circonstances, peut s’améliorer ou devenir pire, mais jamais être changée en une autre. » Cf. P. Potagos, Dix années…, op. cit., p. 291. Notons néanmoins l’absence d’arguments théologiques dans cette réfutation naturaliste de Darwin.
  54. ^ P. Potagos, Dix années…, op. cit., p. 309.
  55. ^ P. Potagos, Dix années…, op. cit., pp. 319-321. Sa correspondance de Tanta, ville égyptienne près du Caire où il était installé comme médecin de 1877 à 1879, avec la Société de géographie de Paris est conservée au fond de la Société à la Bibliothèque Nationale de France (site Richelieu). Au cas français, Potagos souligne notamment « les avantages d’une communication facile entre les possessions françaises de l’Algérie et celles qui existent sur la rive de l’Océan. » A la BNF sont également déposées les photos de ses voyages envoyées comme don par Potagos en 1887.
  56. ^ P. Potagos, Dix années…, op. cit., p. 319.
  57. ^ Ch.-E. de Ujfalvy, « Sur le voyage de M. Panagiotis Potagos en Asie centrale », in Bulletins de la Société d’anthropologie de Paris, IIIe série, tome 3, 1880, pp. 309-312. On n’a pas pu trouver trace du rapport de Duveyrier. Comme Potagos lui-même ne le mentionne point, contrairement au premier, il est probable qu’il n’a pas eu lieu.
  58. ^ Son concurrent heureux était Emmanuel Roïdis (1836-1904), journaliste et brillant homme des lettres.
  59. ^ Ch.-E. de Ujfalvy, « Sur le voyage de M. Panagiotis Potagos… », loc. cit., p. 312.

Référence électronique

Anne KARAKATSOULI, UN EXPLORATEUR PRÉCOLONIAL À L’ÈRE DE L’EXPANSION DES EMPIRES, mis en ligne le 09/08/2018, URL : https://crlv.org/articles/explorateur-precolonial-a-lere-lexpansion-empires

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