L’IMAGE DE PIERRE SAVORGNAN DE BRAZZA

L’IMAGE DE PIERRE SAVORGNAN DE BRAZZA
Evolution de la scénographie

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La gravure qui représente Savorgnan da Brazza en 1875 lors de son exploration au pays des Fans. Elle est reprise dans Au cœur de l’Afrique, vers la source des grands fleuves, 1875-1877 et témoigne d’un changement profond de la scénographie du voyage en Afrique noire par rapport au voyage aventureux de René Caillié en 1830. Dans un article précédent [Astrolabe 1], nous avons en effet démontré à l’aide d’une gravure de Caillié que le voyage du premier tiers du dix-neuvième siècle se fait sous le signe de la solitude, du simulacre et de l’aventure. Or, si l’aventure reste de mise, les autres paramètres évoluent.

Même si Brazza se trouve au centre de la gravure, il n’est plus le voyageur solitaire à la recherche d’une cité mythique. Il se trouve secondé d’un de ses lieutenants d’expédition, et, à l’arrière plan, d’autres membres de la mission. L’évolution du voyage individuel vers l’expédition organisée marque ainsi le poids que prend le colonialisme pour les voyages en Afrique. Après les récits aventureux de Caillié, Douville et autres du Chaillu; l’heure est désormais aux grandes expéditions françaises, allemandes ou belges ou encore à la prolifération de missions religieuses au cœur de l’Afrique. La scénographie du voyage colonial s’appuie dès lors aussi sur des moyens de diffusion larges, comme Le tour du Monde, qui cherchent à inclure le plus possible le public dans la construction de l’imaginaire national (Anderson) tellement important à la fin du dix-neuvième siècle.

On remarquera aussi l’apparition dans l’image de l’Autre. Si le regard chétif de Caillié insinuait un Autre africain féroce et sauvage, l’image est différente chez Brazza. Celui-ci est représenté comme le spectateur intéressé des coutumes africaines, qu’elles soient alimentaires ou culturelles. Ceci dit, la gravure prend aussi soin à démarquer le Blanc du Noir, que ce soit par la place centrale attribuée à l’explorateur, véritable centre de l’image et représenté de face, ou encore par l’opposition des habits blancs de l’explorateur et de la noirceur des Africains.

La façon somme toute assez positive de mettre en scène la rencontre de Brazza et des Africains ne saurait être comprise sans tenir compte d’un autre régime d’altérité, incarné par la façon dont se comportait Stanley lors de ses voyages en Afrique. Au cours de ses récits de voyage, Brazza se démarque le plus possible de l’explorateur américain, qu’il considère comme un conquérant féroce et autoritaire. Il le fait en défendant une “colonisation à la française”, qu’il veut baser sur la colonisation par la parole, symbolisée par le drapeau français et les principes de la Révolution. La scénographie de la gravure se veut donc également une représentation graphique de tout ce qui oppose Brazza à son Autre sur la scène de l’exploration de l’Afrique: Henri Morton Stanley....  

 Alex Demeulenaere

Référence électronique

Alex DEMEULENAERE, « L’IMAGE DE PIERRE SAVORGNAN DE BRAZZA », Astrolabe - ISSN 2102-538X [En ligne], Mai / Juin 2007, mis en ligne le 27/07/2018, URL : https://crlv.org/articles/limage-pierre-savorgnan-brazza