Appel à communication : Pirates et pirateries dans le sud-ouest de l’océan Indien.

L'Olonnais

Pirates et pirateries dans le sud-ouest de l’océan Indien. Bilans et perspectives

Symposium international co-organisé par l’École Supérieure d’Art de La Réunion,

l’Université de Toamasina, l’Université d’Añalanjirôfo et les Ami.es de l’Université

23, 24, 25 septembre 2026 – Ile de La Réunion

Appel à contribution

Comité scientifique

Pr Claude Allibert (histoire)

Dr Jacqueline Andoche (anthropologie)

Pr Eugène Régis Mangalaza (anthropologie)

Pr Jayshree Mungur-Medhi (archéologie)

Pr Vijaya Teelock (histoire)

Pr Solofo Randrianja (histoire)

Comité d’organisation

Charles-Mézence Briseul, Dr Cédric Mong-Hy et Dr Chaplain Tsiadino Toto

 

Les pirates européens des XVIIe et XVIIIe siècles écumèrent les eaux de Madagascar,

du canal du Mozambique et des Mascareignes. Ils y laissèrent des traces, d’abord orales et

littéraires qui dès la fin du XVIIe siècle clamaient l’existence de trésors fabuleux, de royaumes

reculés sur des îles mystérieuses et d’utopies pirates prenant la forme de démocratie

parlementaire. Daniel Defoe et le capitaine Charles Johnson – que ces deux personnes n’en

fassent qu’une ou pas – furent parmi les principaux promoteurs de ces légendes.

La recherche française sur ces phénomènes de piraterie dans le bassin sud-ouest de

l’océan Indien est plus que centenaire. Elle prit son essor au début du XXe siècle avec la

Collection des Ouvrages Anciens Concernant Madagascar (COACM) où les Grandidier et

leurs collaborateurs donnèrent une place de choix à Johnson et aux pirates européens qui

sillonnèrent la zone. Ces études pirates se poursuivent depuis, en quelque sorte par « école »

que l’on pourrait séquencer ainsi.

D’abord, arrive ce que l’on appellera « l’école du rêve » : l’impulsion donnée par la

COACM traversa les chercheurs français sans coup férir jusque dans les années 1980, l’histoire

et les mythes s’entremêlaient alors à dessein, qu’il s’agisse d’imaginer un passé pré-colonial

épique (Raymond Decary, Hubert Deschamps) ou au contraire de se trouver des précurseurs

pré-révolutionnaires (Gilles Lapouge, Michel Le Bris) ou bien encore de s’affilier à des ancêtres

de prestige et/ou de partir à la recherche de leurs trésors légendaires (Henry de Monfreid,

Bibique, J.-M. G. Le Clézio).

Viennent ensuite des chercheuses et chercheurs (parmi lesquels Anne Molet-Sauvaget,

Jean-Michel Racault, Nivolesoa Galibert, Michel-Christian Camus) qui, rebondissant sur les

recherches anglo-saxonnes (notamment celles de John Robert Moore théorisant l’identité de

Defoe et de Johnson), forment « l’école critique » des études pirates : les archives sont

réexaminées à leur source, les stratégies littéraires des auteurs sont débusquées et décryptées,

et les textes sont entièrement relus par des approches multidisciplinaires impliquant tant des

critiques littéraires, que des historiens ou des anglicistes.

Depuis le tournant de la décennie 2020 semble se dessiner un autre versant critique de

la « bibliothèque coloniale » pirate. Il est le fait d’anthropologues, d’historiens et

d’archéologues (David Graeber, Alexandre Audard, Olivier Fontaine, Jean Soulat, Charles-

Mézence Briseul, Pierre Brial, Chaplain Tsiadino Toto) qui tâchent de penser l’histoire des

pirates européens en relation avec l’histoire et la vie des territoires qu’ils ont traversés, c’est

« l’école du terrain » : la présence des pirates sur la Grande Ile est repensée à l’aune de l’histoire

et des cultures malgaches, les eaux et les littoraux attestés comme pirates par les documents

font l’objet de sondages et de fouilles méthodiques à Madagascar et à l’île Maurice, tandis que

les généalogies, les cultures et les spiritualités malgaches et mascarines se révèlent hantées par

leurs relations originelles avec les pirates de l’Age d’or.

Ceci n’est bien sûr qu’une esquisse très schématique de l’histoire des french pirate

studies. Elle est en cela un appel à la compléter. En d’autres mots, ce symposium est un double

prétexte à faire le bilan de toutes ces fructueuses recherches et à analyser leurs perspectives.

Que savons-nous aujourd’hui des pirates et des pirateries dans le sud-ouest de l’océan Indien ?

Et quels programmes de recherche pour demain ?

Il est proposé d’aborder ces vastes questions selon trois axes : l’histoire et les documents

de la discipline ; la vie des pirates ; et leur héritage matériel et culturel.

Pirate studies Stories : les archives internationales de la piraterie

Si l’histoire des études pirates françaises a déjà plus de cent vingt ans et si elle est

relativement bien connue, elle souffre néanmoins comme toute bibliothèque ancienne de

nombreuses pertes et oublis. Non seulement beaucoup de documents d’époque demeurent à

l’état d’archives et sont de pénible accès, mais les études du XXe siècle elles-mêmes, faute de

diffusion, de conservation ou de réédition, sont parfois compliquées à être repérées et

consultées.

Par ailleurs, au sein de la zone profondément multiculturelle et interculturelle qu’est le

sud-ouest de l’océan Indien, la documentation étrangère se révèle précieuse d’un point de vue

heuristique, or elle est très peu traduite ou communiquée. Que nous disent les potentielles

sources malgaches, mozambicaines, sud-africaines, mauriciennes ou comoriennes ? Que

peuvent nous apprendre les archives des Arabes, des Moghols, des Anglais, des Portugais ou

des Hollandais qui naviguaient et commerçaient dans cette région ?

Ce panel est l’occasion d’aborder des textes importants liés à la piraterie, en français ou

en langue étrangère. On y attendra des études sur des documents qui ont marqué son histoire et

sur des débats qui ont stimulé la recherche. Une attention particulière sera donnée aux travaux

portant sur des archives rares ou inédites aptes à enrichir et à éclairer le fonds documentaire

existant.

Les pirates à terre : leur vie, leur habitat, leur quotidien

La vie des pirates est l’objet de tous les fantasmes : beuverie, ripaille, prostitution,

bataille au sabre ou duel au pistolet, bandeau noir sur l’oeil et perroquet sur l’épaule, etc. Mais

au-delà de ces images d’Épinal, que savons-nous précisément de ces hommes et des quelques

femmes qui embrassèrent cette activité périlleuse ? Qui étaient les pirates de l’océan Indien ?

Comment s’appelaient-ils ? Quels âges avaient-ils ? Combien étaient-ils ? D’où venaient-ils ?

De quelle façon étaient-ils arrivés dans la région ? Combien de temps restèrent-ils ? Qui

repartit ? Qui s’installa ? Et où ? Comment ?

La figure du « pirate à terre » est en effet mystérieuse, puisque par définition on ne se

représente le forban que sur un navire tanguant dans l’océan. Pourtant plusieurs éléments

permettent d’essayer de saisir ce qu’impliquait cette vie terrestre tant pour le pirate que pour

les habitants des territoires où il s’installait. Du côté des textes, la recherche possède en effet

aujourd’hui des données nouvelles provenant des archives privées Huet de Froberville,

accessibles depuis avril 2025 aux Archives Nationales d’Outre-Mer (FR ANOM 344 APOM).

Les papiers d’Adam Baldridge ou du fonds Farquhar à la British Library sont aussi peu

défrichées. Les Papiers Decaen à la Bibliothèque municipale de Caen contiennent également

des ressources encore peu exploitées. Du côté des fouilles, les récentes études archéologiques

menées à l’île Maurice et sur l’île Sainte-Marie à Madagascar par les équipes de Jean Soulat

dévoilent aussi progressivement des informations de premier plan sur la vie des littoraux

pirates. Dès lors, comment interpréter ces données ? Quelle idée peut-on se faire des relations

entretenues entre les pirates et les Malgaches ou les populations des autres territoires où ils

vivaient ? A quoi ressemblait la vie d’un pirate sur la terre ferme, ici et là ? Que sait-on de leur

culture matérielle ? De leur habitat ? De leur alimentation ? De leurs vêtements ? De leur

économie ? En somme, de leur quotidien ?

La progéniture des pirates : héritages matériels et immatériels

Divers documents datant du XVIIIe et du XIXe siècles attestent que les contacts établis

par les pirates avec les insulaires du sud-ouest de l’océan Indien ont produit une descendance

métisse. On connaît l’existence des Malata et des Zanamalata sur la côte nord-est de

Madagascar. On sait également que l’histoire du peuplement de La Réunion est largement

tributaire de l’installation de pirates et Maurice a certainement été affecté par cette vague sur

un mode mineur. Qu’en est-il dans le détail ? Trouve-t-on des lignages de pirates dans d’autres

régions de Madagascar, dans d’autres pays ou sur d’autres îles du bassin ? Aux Seychelles ?

Aux Comores ? Au Mozambique ? A Rodrigues ? Qui étaient ces enfants métis ? Comment

vécurent-ils ? Que leur transmirent leur père d’une île à l’autre ? Quelles traditions ? Quels

savoirs ? Quelles techniques ? Quelles connaissances de la mer ? Quel art de vivre ?

En déplaçant ces questions dans le temps, on en viendra à se demander ce que devient

la descendance des pirates aujourd’hui. Dans quelle mesure la mémoire des pirates a-t-elle été

conservée – ou oubliée – par leur famille et leurs proches ? Et au-delà du cercle familial, que

demeure-t-il de l’histoire des pirates au XXIe siècle dans les terres et les îles impliqués ?

Comment cette histoire a-t-elle imprégné les différentes cultures qu’elle a habitées ? Quelles en

seraient les traces laissées dans la matière, les usages, le langage, la littérature, les légendes et

l’imaginaire ? Comment les individus et les cultures populaires se sont emparés de cet héritage

et de ses trésors symboliques voire réels ? Dans les cas où le souvenir des pirates se seraient

effacés, quelles seraient les raisons de cette oblitération ? Sur toutes ces questions, que nous

disent les sources écrites ? Et que véhiculent les traditions orales et la mémoire collective ?

Ce symposium est ouvert aux chercheurs et chercheuses de tous les pays et de toutes les

disciplines, qu’ils ou elles soient professionnel(le)s ou amateur(rice)s de science participative.

Sont ainsi invité(e)s à proposer des interventions : historien(ne)s, archéologues,

anthropologues, ethnologues, sociologues, politologues, géographes, cartographes,

économistes, numismates, historien(ne)s de l’art, critiques littéraires, philosophes, écrivain(e)s,

artistes, médiateur(rice)s culturel(le)s, chargé(e)s de mission culturelle, conteur(se)s,

descendant(e)s de pirate, etc.

Les propositions de communication

Les propositions comporteront un maximum de 300 mots et seront accompagnées d’une

biographie de l’auteur/rice (10 lignes max.) et d’une bibliographie (10 titres max.).

Elles sont à envoyer simultanément aux adresses suivantes : cedric.mong-hy@esa.re ;

chaplaintoto@gmail.com ; cmb@lecorridorbleu.fr

Date limite d’envoi : 30 avril 2026

Après examen par le comité scientifique et le comité d’organisation, les retours sur les

propositions seront délivrés le : 31 mai 2026

Bibliographie indicative

- Audard Alexandre, Libertalia, une République des pirates à Madagascar – Interprétations

d’un mythe (XVIIe-XXIe siècle), Paris, Maisonneuve & Larose / Hémisphères, 2020.

- Bibique, Sur la piste des Frères de la Côte – À la découverte de l’île de La Réunion insolite,

Saint-Denis, Éditions de La Réunion Insolite, 1982.

- Bibique, La chasse aux trésors à La Possession du Roy, Saint-Denis, Éditions A.G.M., 1991.

- Boucher Antoine, Mémoire pour servir à la connoissance particulière de chacun des habitans

de l’isle Bourbon (Édition présentée et annotée par Jean Barassin) suivi de L’île Bourbon et

Antoine Boucher (1679-1725) au début du XVIIIe siècle par le Père Jean Barassin, Sainte-

Clotilde, Surya, 2015.

- Boyer-Rossol Klara et Dion Isabelle (éds.), Histoire des archives privées Huet de Froberville

– Itinéraires de manuscrits séculaires : Madagascar – Ile Maurice – France, Strasbourg,

Cicéron Éditions, 2024.

- Brial Pierre, Trésors pirates de l’île Bourbon – Entre mythes et réalités, Saint-Pierre, Feuille

Songe, 2024.

- Briseul Charles-Mézence (éd.), Prisonniers de La Buse – Témoignages de captivité au XVIIIe

siècle, Saint-Pierre, Feuille Songe, 2018.

- Briseul Charles-Mézence et Mezino Emmanuel (éds.), Pirates de l’océan Indien – Deux

siècles de piraterie à La Réunion et à Madagascar – Anthologie historique et littéraire, Saint-

Pierre, Feuille Songe, 2021.

- Briseul Charles-Mézence, La Buse – La biographie du plus grand pirate français (Préface de

Jean-Pierre Moreau), Saint-Pierre, Feuille Songe, 2023.

- Buti Gilbert et Hrodej Philippe (éds.), Histoire des pirates et des corsaires – De l’Antiquité à

nos jours, Paris, CNRS, 2016.

- Buti Gilbert et Hrodej Philippe (éds.), Dictionnaire des corsaires et des pirates (2013), Paris,

CNRS, « Biblis », 2021.

- Charroux Robert, Trésors du monde, enterrés, emmurés, engloutis, Paris, Fayard, 1962.

- Chaunu David et al., « En finir avec Libertalia ? – L’utopie pirate entre histoire et fiction »,

journée d’études organisée par le Musée du quai Branly le 18 mai 2021, en ligne, URL : Session

1 : https://www.youtube.com/watch?v=9fs0vHFFQsU ; Session 2 :

https://www.youtube.com/watch?v=zLgXCZfIB_8

- Curnier Jean-Paul, La piraterie dans l’âme – Essai sur la démocratie, Fécamp, Lignes, 2017.

- Defoe Daniel, Histoire générale des plus fameux pyrates, tomes 1 et 2, Paris, Phébus, 1990.

- Downing Clement, Histoire de John Plantain, roi pirate de Madagascar (Préface de Cédric

Mong-Hy Totomena), Saint-Pierre, Feuille Songe, « Les petits classiques de l’océan Indien »,

2025.

- Fontaine Nathalie, Pirates, corsaires et forbans dans l’océan Indien – Impact d’un épisode de

l’histoire régionale sur les mentalités actuelles, Université de La Réunion, mémoire de DEA

sous la direction du Professeur Prosper Ève, juillet 2001.

- Fontaine Olivier, Navigations, navires, navigateurs à Bourbon, 1612-1793 – Histoire d’une

île qui ne tournait pas le dos à la mer, Saint-Denis, Orphie, 2020.

- Galibert Nivolesoa, « Daniel Defoe, le rêve pirate et l’océan Indien : un siècle de distorsion

(1905-1998) », in Sylvie Requemora et Sophie Linon-Chipon (éds.), Les Tyrans de la Mer –

Pirates, corsaires, flibustiers, Paris, Presses Universitaires de Paris-Sorbonne, 2002, pp. 265-

281.

- Graeber David, Les pirates des Lumières ou la véritable histoire de Libertalia, Montreuil,

Libertalia, 2019.

- Le Clézio J.-M. G., Le chercheur d’or, Paris, Gallimard, 1985.

- Le Clézio J.-M. G., Voyage à Rodrigues, Paris, Gallimard, 1986.

- Lougnon Cyrille, Olivier Levasseur dit La Buse – Piraterie et contrebande sur la route des

Indes au XVIIIe siècle (Préface de Gilbert Buti et Postface de Daniel Vaxelaire), Paris,

Riveneuve, 2023.

- Marek Bernard, Histoire de Saint-Paul de La Réunion depuis 1663, Saint-André, Océan

Éditions, 2010.

- Moreau Jean-Pierre, Une histoire des pirates – Des mers du Sud à Hollywood, Paris,

Tallandier, 2016.

- Racault Jean-Michel, « Les jeux de la vérité et du mensonge dans les préfaces des récits de

voyage imaginaire à la fin de l’Age classique (1676-1726) », in François Moreau (éd.),

Métamorphoses du récit de voyage, Paris/Genève, Champion/Slatkine, 1986, pp. 82-109.

- Racault Jean-Michel, « De l’aventure flibustière à la piraterie littéraire : Defoe, Leguat, les

deux Misson et la République utopique de Libertalia », in Sylvie Requemora et Sophie Linon-

Chipon (éds.), Les Tyrans de la Mer – Pirates, corsaires, flibustiers, Paris, Presses

Universitaires de Paris-Sorbonne, 2002, pp. 243-263.

- Soulat Jean (éd.), Archéologie de la piraterie des XVIIe et XVIIIe siècles – Étude de la vie

quotidienne des flibustiers dans les Caraïbes et l’océan Indien, Drémil-Lafage, Mergoil, 2019.

- Soulat Jean, « Entre habitat littoral et épave de pirate sur l’île Sainte-Marie à Madagascar »,

Carnets d’Afrique – Actualité de la recherche en histoire de l’Afrique avant le XXe siècle, juin

2024, en ligne, URL : https://afriques.hypotheses.org/1932

- Soulat Jean, « Poursuite des fouilles archéologiques sur un véritable repaire de pirates de l’île

Sainte-Marie à Madagascar », Carnets d’Afrique – Actualité de la recherche en histoire de

l’Afrique avant le XXe siècle, juin 2025, en ligne, URL : https://afriques.hypotheses.org/2486

- Sylla Yvette, « Les Malata : cohésion et disparité d’un "groupe" », Omaly sy Anio, n° 21-22,

1985, pp. 19-32.

- Toto Chaplain Tsiadino, Les Betsimisaraka – Formation et gouvernance d’un État précolonial

à Madagascar – XVIIe-XIXe siècles (Préface de Stéphan Karghoo), Port-Louis, Centre Nelson

Mandela, 2025.

- Urfer Sylvain (éd.), Histoire de Madagascar – La construction d’une nation (Nouvelle édition

révisée et augmentée), Paris, Maisonneuve & Larose / Hémisphères, 2022.

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