"Wordsworth à Orléans, ou le temps suspendu"

William Wordsworth passa près d’un an en pays de Loire, à Orléans surtout, lieu de sa rencontre avec Annette Vallon, dont il eut une fille, ainsi qu’à Blois, de décembre 1791 (il avait alors 21 ans) à la fin de l’automne 1792. Ces mois furent déterminants pour le jeune poète, parti pour améliorer son français et plongé dans la France révolutionnaire, et participèrent au développement de son esprit poétique, raison pour laquelle un livre de son grand poème autobiographique Le Prélude leur est largement consacré (le livre X de l’édition de 1850). Il évoque cette période dans plusieurs de ses écrits personnels et surtout dans Le Prélude, écrits rédigés soit au cours de son séjour, soit à plusieurs années d’intervalle, parfois même longtemps après. À partir de ces différentes sources (correspondance privée des années 1791-92, notice autobiographique destinée à publication et dictée en 1847, et les deux versions du Prélude, 1805 et 1850), cette communication retrace l’évolution du regard que Wordsworth porte sur son séjour orléanais. Les références topiques et historiques disparaissent peu à peu tandis que le temps se suspend et que se dégage l’image d’un pays de légende, de conte de fées, bien loin de l’agitation parisienne qui lui est opposée en filigrane. À mesure que se creuse l’éloignement temporel, la ville et le fleuve qui la traverse se voient de plus en plus sublimés, associés à l’ardeur de la jeunesse et à la promesse des idéaux révolutionnaires avant que ceux-ci ne dégénèrent.

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11h50