Vulcain et sa forge aux XVIIe et XVIIIe siècles : Vulcain désenchanté, Volcan enchanté - d'un imaginaire à l'autre

Si l'on songe à la riche et complexe figure du Volcanus de la Rome archaïque, feu affamé, à la fois fondateur et destructeur, associé à Vesta, qui incarne le seul feu bienveillant, ou du Vulcain-Héphaïstos plus tardif qui bénéficie du riche apport grec, de la tradition mystique d'un Héphaïstos métallurge, l'artisan-magicien, l'auteur d'automates magiques, des servantes d'or qui aident le dieu estropié à se mouvoir, des trépieds qui d'eux-mêmes (automatoi) se rendent à l'assemblée des dieux, si l'on pense au créateur de Talos, l'homme de bronze, gardien de la Crète ou encore à celui de Pandora, modelée dans la terre, parfait simulacre humain ; si l'on songe enfin à la tradition hermétiste et alchimiste, qui perdure jusqu'au XVIIe siècle, où le dieu ignipotens, est maître du feu et du soufre, ordonnateur des énergies cosmiques et dépositaire du "secret" du monde ; l'âge classique (au sens large, la fin du XVIIe et le XVIIIe siècles) ne peut que décevoir : le lien entre Vulcain et l'imaginaire du volcan semble tout simplement défait, voire méconnu, oublié : les XVIIe et XVIIIe siècles ont-ils même conscience qu'il a existé un réseau mythique, à la fois métonymique et métaphorique (le dieu a installé sa forge dans les sous-sols de l'Etna, là où il fabrique les foudres de Jupiter), associant le dieu et la montagne de feu (Héphaïstos, en grec tardif, désignait aussi le volcan), ce n'est pas sûr. Le lien étymologique et fantasmatique semble perdu : comment s'articulent, aux XVIIe et XVIIIe siècles, les deux imaginaires, de Vulcain et du volcan ?
C'est l'histoire de ce lien défait ou inconscient que je tente : de quel imaginaire relève le mythe de Vulcain à l'âge classique ? En quel sens évolue-t-il ou disparaît-il ? En d'autres termes : Vulcain participe-t-il (encore) de l'imaginaire volcanique ?
Ma démonstration suit trois points : 1) le "désenchantement" de Vulcain : la transformation de Vulcain en un sujet d'abord iconographique et aussi en une histoire galante : à travers l'évolution de la figure de Vulcain en peinture (au courant du XVIIe siècle) et l'analyse des Amours de Mars et de Vénus de La Fontaine. 2) La forge enchantée : en poursuivant l'enquête dans la peinture du tournant de l'âge classique (fin XVIIe-XVIIIe siècles), avec des tableaux comme ceux d'Antoine Coypel, de La Fosse, de Boucher ou de Natoire, on constate qu'une fantasmatique de la forge persiste et signale la polarisation de la figure de Vulcain en force de destruction et de fondation / de pulsions de plaisir et de déplaisir : ainsi l'actualisation de l'imaginaire transforme les motifs du mythe mais pas sa structure profonde : Vulcain est une "machine". 3) d'un imaginaire à l'autre : cette structure du mythe est peut-être une bonne équivalence (une métaphore, une métonymie ?) de la "machine" mythique du volcan telle qu'on en trouve toujours la trace dans le discours de l'histoire naturelle au XVIIIe siècle (Buffon, l'Encyclopédie).

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