Voyages dans un fauteuil: mises en scène de l'exotisme au théâtre et sur les cartes géographiques (XVIe-XVIIIe siècles)

A une époque où l'on se déplace relativement très peu et très difficilement, l'assimilation entre spectacle et voyage dépasse la simple métaphore: l'illusion théâtrale, dira Marmontel, doit «arracher le spectateur d'un local réel, pour le transporter dans un local feint». De fait, à partir du mitan du XVIIe siècle, la mise en scène de l'exotisme s'intensifia considérablement grâce à la diffusion européenne de la scénographie «à l'italienne» permettant effets spéciaux et changements de décor à vue: de l'Opéra à la Foire, on multiplie les sujets qui amènent les spectateurs français dans les contrées les plus reculées, qu'on représente avec un effort de vraisemblance réel mais problématique pour l'historien. Sur quoi se fonde-t-elle? Outre les traditions purement théâtrales, l'imaginaire visuel des spectacles aurait pu exploiter les sources iconographiques disponibles, et notamment les cartes et les atlas qui, à l'époque, complètent souvent les données purement topographiques par la représentation (plus ou moins fidèle à l'original) d'habitants, d'animaux et d'autres particularismes locaux. Cela semblerait d'autant plus logique que l'Atlas, qui se présente parfois comme un véritable teatrum mundi, tend à mettre en valeur les lieux et les peuples selon divers procédés proches de la scénographie.
Pourtant, dramaturges, décorateurs et costumiers se devaient surtout de respecter ce qu'on appelait alors le costumé, c'est-à-dire la convenance avec ce que le public savait des mœurs, des décors et des habits. Quoique l'art dramatique et la cartographie théâtralisent l'exotisme chacun à sa manière, on constate que leurs démarchent se recoupent dans les limites de deux notions voisines, mais non identiques, du vraisemblable visuel que je m'attacherai à comparer et à contraster.

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10h30