Une rhétorique de la spontanéité : le cas de la promenade

En ouverture de son Voyage aux Pyrénées et en Corse, le jeune Flaubert affirme n'avoir aucune prétention littéraire : "[...] je ne tâcherai pas de faire du style ; si cela arrive, que ce soit à mon insu comme une métaphore qu'on emploie faute de savoir s'exprimer par le sens littéral." Alors même qu'il dénonce la manière de ses prédécesseurs, tout en remarquant qu'il lui faudra bien sacrifier à certains usages (comme l'emploi des mots pittoresque et admirable), le voyageur reprend l'un des stéréotypes les plus prégnants de la relation de voyage. Pour dire le monde avec exactitude et sincérité, il faut se défier des mensonges du style.
L'écriture référentielle se prête volontiers à cette rhétorique de la simplicité, et l'utopie d'une stricte concordance entre les mots et les choses n'est pas neuve. Mais il est un "sous-genre" de la relation de voyage, la promenade, qui donne à lire de façon particulièrement nette le refus du "littéraire". Le promeneur laisse vagabonder son esprit... et sa plume ; et s'il lui arrive de dialoguer avec sa culture, ou de se livrer à des considérations, il se départit rarement d'un tour qui s'accorde à la notation de l'événement ordinaire ou de la simple sensation.
Ce principe de convenance - entre un "art de voyager" et une écriture du Voyage - mérite examen. La transparence du discours est bien évidemment le résultat d'une mise en texte : le désordre et la désinvolture ont besoin d'être codifiés. Le voyage de proximité, au temps du romantisme, se construit sur une série de stéréotypes paradoxaux qui ont la particularité de dénoncer le déjà pensé et le déjà dit pour que s'affiche la liberté du relationnaire. Ainsi s'élabore une rhétorique de la spontanéité qui vise à camoufler le travail de l'écrivain.

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10h45