Une cartographie littéraire dans le récit de voyage : quand la littérature viatique se fait littérature géographique

Joanna Ofleidi (Doctorante, CIELAM) : Une cartographie littéraire dans le récit de voyage : quand la littérature viatique se fait littérature géographique

Si les récits de voyage semblent avoir pour fait commun de mettre en action un narrateur décrivant ses aventures dans un Ailleurs qui ne lui est pas familier, il est bien difficile de pousser la comparaison plus loin, chaque récit paraissant avoir ses propres caractéristiques, dépendantes de l’interprétation subjective de l’étrangeté auquel le voyageur est confronté. En effet, au XVIIe siècle, la littérature viatique regorge de récits de voyages, des plus véridiques aux plus fictionnalisés, rendant difficile l’étude du genre de ce type de textes. Il semblerait en réalité que le genre du récit de voyage pourrait dépendre du lieu où se rendraient les auteurs : si l’Afrique du Nord, symbole même de l’exotisme à cette époque, était source de récits versant plutôt dans la fictionnalisation, l’Europe du Nord quant à elle, beaucoup plus froide et mystérieuse, donnait lieu à des purs récits de voyages. Quant au Canada et ses habitants, qui sont justement les sujets du Des sauvages de Champlain, c’est cette fois dans une dynamique de colonisation que le lieu était envisagé, orientant donc le récit d’une autre façon que ceux relatant des aventures en Afrique ou en Europe septentrionale. Nous pourrons donc nous attarder sur le genre de la littérature viatique, qui ne saurait se passer de la zone géographique, ainsi que du contexte historique propre à son époque. Aussi, il sera intéressant d’étudier la façon dont sont décrits les lieux où se rendent nos voyageurs. En effet, on ne trouve que rarement des cartes dans les récits de voyages, et ces récits n’ont certainement pas pour vocation d’établir une carte géographique ayant pour but de montrer un lieu dans sa globalité, avec un regard éloigné. Ce n’est pas un regard « de loin », depuis l’extérieur, qui anime les auteurs de récits de voyages mais plutôt un regard « de l’intérieur », proche des détails, des habitants de ces contrées étrangères. Et ce regard de l’intérieur ne saurait passer par la carte géographique qui considèrerait l’espace depuis un angle de vue éloigné. C’est pour cela que dans la littérature viatique, ce sont surtout des descriptions des lieux et des gens qui sont effectués, toujours dans une volonté d’aller au plus près de l’Autre, de l’Ailleurs, tous deux bien souvent aussi fascinants que repoussants. Ainsi, cette communication me permettra de montrer comment les auteurs de récits de voyage du XVIIe siècle sont arrivés à mettre en place des cartographies littéraires des Ailleurs explorés, en sortant du système du traité géographique, et en passant par le biais d’une littérature géographique de « l’intérieur », dont l’interprétation des aventures, et la façon dont elles ont été retransmises dépendent de la zone géographique de leur déroulement.

Chercheur: 

Session: