'Thus time we waste, and long leagues make short' : le théâtre à l'épreuve du voyage en France et en Angleterre, dans la première moitié du XVIIe

Si le voyage semble a priori incompatible avec le théâtre en raison de l’ampleur temporelle et du déplacement géographique qu’il implique, il apparaît cependant comme un sujet particulièrement prisé par les dramaturges français et surtout anglais de la première moitié du XVIIe siècle. La représentation du voyage devient paradoxalement le moyen de célébrer la puissance du théâtre en répondant au défi technique et dramaturgique qu’elle constitue.
La comparaison entre les formules proposées par la dramaturgie élisabéthaine (puissance des conventions, sollicitation de l’imagination, intervention d’un chœur ou d’un présentateur) et celles mises en œuvre par le théâtre français, qui réduit progressivement les mouvements spatiaux à mesure que s’imposent les règles classiques, nous permettra d’envisager plusieurs aspects importants de la représentation du voyage sur scène. Il faut considérer les modalités concrètes du spectacle théâtral offert par le voyage et évaluer son degré de réalité, qui varie en fonction du rapport entre représentation matérielle et visualisation imaginaire. Ce mélange entre spectacle scénique et suggestion verbale met en question la frontière entre genre narratif et genre dramatique, que nous envisagerons à travers les différents modes d’intervention de la voix narrative. En le poussant à ses limites, le voyage invite ainsi à une réflexion sur la nature du théâtre, qui affleure fréquemment dans les pièces qui le prennent pour sujet, et en particulier sur la force de la convention, sur les effets du spectacle, sur la nécessité de la mise en action.

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11h