Théâtre du séjour ou théâtre du parcours: réflexions sur la naissance du “théâtre de voyage” en France

Le « théâtre de voyage » semble naître au tout début du XVIIe siècle avec les tragi-comédies exploitant les motifs viatiques romanesques issus des romans baroques. Avec le théâtre classique, en revanche, le voyage est réduit au séjour en terre étrangère : le déplacement (l’aller et le retour) disparaissent au profit de l’étape centrale des récits de voyage. Parallèlement, l’évolution des récits de voyage au XVIIe siècle montre que ces derniers s’intéressent au fur et à mesure de plus en plus longuement aux mœurs et coutumes des pays qu’aux traversées nécessaires pour les atteindre, comme c’est le cas des relations de Thévenot et Bernier, par exemple. Avec l’avènement des règles classiques, notamment celles d’unité et de temps, ce ne sont donc plus les héros qui voyagent, mais les spectateurs, le temps de la représentation. Parler de « théâtre de voyage » est ainsi bien différent selon la période baroque ou classique. Partir des pièces de Jean de Rotrou et de la distinction proposée par Jacques Morel entre « tragi-comédie de la route » et « tragi-comédie du palais », amènera à réfléchir sur la dichotomie des possibilités de penser le voyage sur scène en France au XVIIe siècle et à élaborer la notion de théâtre de parcours, opératoire pour l’ère baroque telle que l’a analysée Roméo Arbour et celle de théâtre de séjour, héritière des traditionnelles pièces de palais mais élargies à des terres exotiques américaines, africaines, orientales ou encore asiatiques. Il semblerait y avoir en effet deux formes différentes de “théâtre de voyage” au XVIIe siècle : celui dans lequel ce sont les personnages qui voyagent – ou racontent leurs voyages – sur scène, et celui qui présente au spectateur une scène exotique, statique, mais qui le dépayse au point de lui donner le sentiment de voyager. La première forme correspondrait aux tragi-comédies et aux comédies “de la route”, pour reprendre la formule de J. Morel en la transformant en “route maritime”, afin de mêler le théâtre picaresque au théâtre de voyages romanesques au long cours. La seconde forme correspondrait aux pièces dont l’action est transposée dans un lieu exotique servant uniquement de cadre à l’histoire, comme dans les tragi-comédies tardives, les tragédies et les comédies de mœurs.
Il s’agira donc de voir comment les tragi-comédies de la route de Rotrou mènent au théâtre du parcours, dont je tenterai une rapide typologie, et comment elles se démarquent du théâtre du séjour où les sources sont plus historiques que viatiques, où les types exotiques sont naturalisés français et où les aires de séjours permettent de lancer des genres nouveaux, tels que les turqueries, les chinoiseries et les premiers théâtres américain et africain.

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