L'imagerie littéraire du "Tiran de la mer" au XVIIe siècle : des récits de voyages et des histoires de flibustiers aux traitements romanesques et dramaturgiques

L'imagerie littéraire du « Tiran de la Mer » (Scarron, Le Prince corsaire, [1658]1662, III, 8,) est étudiée à travers des récits de flibustiers, des romans héroïques et des pièces de théâtre du XVIIe siècle, essentiellement des tragi-comédies et des comédies, afin de définir un « type » qui évolue avec le passage du baroque au classicisme et qui est le reflet de cette évolution. L'analyse ne se limite pas géographiquement à une zone maritime, mais propose une problématique à la fois narrative, rhétorique, esthétique et politique. Il s'agit de savoir pourquoi cette figure littéraire à la fois plaisante et terrifiante, à la vertu potentiellement « cathartique », et à la portée souvent politique, est pourtant généralement plus utilisée par la littérature de divertissement baroque que par la littérature morale classique. Le motif est étudié génériquement, pour mieux distinguer les différences entre l'expérience subjectivement vécue et l'évolution des stéréotypes dans l'imaginaire collectif du siècle : I) L'authentique flibustier, ambigu « ange noir de l'utopie » (Le Bris) ; II) Le romanesque pirate, face noire du seigneur Corsaire ; III) Le théâtral corsaire, chevalier des mers à la triste figure. La figure de l'écumeur des mers est binaire : la littérature de cour développe soit l'aspect répulsif du personnage, appelé alors « pirate », dans le sens de l'esthétique propre au roman baroque de grand divertissement, ou dans une optique plus cathartique à l'origine d'un discours édifiant visant à exalter l'éthique de la gloire et la bienveillance divine ; soit elle subsume et anoblit la figure, nommée cette fois « corsaire », de manière à faire rentrer dans les rangs aristocratiques le discours déviant de la flibuste authentique. Si le corsaire a une telle fortune dans la fiction de la première moitié du siècle et tend à disparaître avec le classicisme, alors que dans la réalité, le phénomène de la piraterie s'amplifie, c'est sans doute parce qu'autour de la Fronde, le corsaire incarne dans la littérature de fiction l'imaginaire de conquêtes, d'indépendance et de grands espaces dont rêvent les aristocrates nostalgiques de la Fronde. Le corsaire disparaît alors de la littérature avec le renforcement du pouvoir monarchique de Louis XIV. A l'ère classique, le pirate n'est généralement plus qu'un apparat festif servant uniquement la métaphore du rapt d'amour.

Mots-clés : Œxmelin. Raveneau de Lussan. Aranda. Fleury. Challe. Chardin. Galland. Guilleragues. Labat. Chenu de Laujardière. Dreux. Gomberville. La Calprenède. Regnard. Scudéry, Desfontaines. Mairet. Molière. Rotrou. Scarron. Antilles. Méditerranée.

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28 mars