L'Afrique à la renverse dans Voyage au bout de la nuit

Sylvie Requemora est maître de conférences à l'Université de Provence, agrégée de Lettres moder-nes, ancienne élève de l'École Normale Supérieure (Fontenay-Saint-Cloud), Visiting Fellow à Harvard University en 1995, membre du Centre de Recherches sur la Littérature de Voyages de la Sorbonne, du Centre de Recherches Aixois sur l'Imagination à la Renaissance et à l'Âge Classique et du Centre de Recherches « Droit et Littérature » de Paris X-Nanterre. Elle enseigne la littérature française des siècles classiques à l'Université d'Aix-Marseille I, après avoir soutenu en janvier 2000 une thèse de doctorat de lettres modernes sur l'imaginaire littéraire français du voyage au 17e siècle (récits, roman, théâtre), sous la direction de Pierre Ronzeaud. Elle a publié une vingtaine d'articles sur le voyage, l'altérité, les fables, les maximes, l'utopie, l'amitié, etc.
En préparation :
Le remaniement de sa thèse en vue de sa publication.
Une recherche sur la poétique de Jean-François Regnard.

L'épisode africain du célèbre roman de Céline suit un itinéraire en trois étapes (Fort Gono, Topo, Bikimimbo) plus une étape mineure à San Tapeta, le tout encadré par les deux voyages sur l'Amiral Bragueton et l'Infanta Combitta, et scindé en son milieu par le voyage sur le Papaoutah : on peut d'emblée s'interroger sur la progression symbolique que cette onomastique laisse supposer... Cet ensemble est fortement composé, et marqué par la mobilité du personnage, mais une mobilité qui s'oppose à la fixité ressentie par Bardamu dans sa propre « géographie ontologique » (S. Day). La mythologie africaine proprement célinienne va donc passer par une série de déconstructions. Déconstruction du mythe exotique, qui enclenche elle-même la déconstruction du mythe colonial, pour finalement laisser la place à un nouveau mythe littéraire, celui d'un nouveau héros « comico-tragique » et l'inversion est voulue, comme celle qui fait le lien entre le 17e siècle baroque et le 20e héros qui a franchi un pas de plus dans l'apprentissage du jusqu'au bout. Le traitement de l'Afrique célinien permet à Bardamu d'aller plus loin dans le bout de la nuit, démythifiant au passage le vertige du rêve exotique et du rêve colonialiste pour mieux dévoiler la montée progressive de la lumière noire dans le roman.

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8h30