La représentation du Cafre et du Hottentot dans les cultures littéraire et scientifique françaises à l'âge classique.

Inventées avant d'être découvertes, les populations de l'Afrique australe intriguent les voyageurs portugais avec qui elles entrent en contact dès la fin du quinzième siècle. Tout au long du seizième siècle, elles font l'objet de furtives évocations dans les panégyriques, correspondances et relations de voyage. C'est avec les Portugaiz Infortunez de Chrétien des Croix que les Cafres font leur entrée sur la scène littéraire française. Entraperçus d'abord, regardés ensuite, observés enfin, les Sauvages du Cap se voient attribuer des traits généralisants avant de se voir investis de traits particularisants qui consacrent leur invention. Avec la fondation de la colonie du Cap de Bonne-Espérance, les indigènes se voient attribuer un statut à part. Ils font l'objet de descriptions détaillées mais déjà stéréotypées dans les relations des voyageurs européens en route pour les Indes ou de retour en Europe –Beaulieu, Flacourt, Tavernier-. Dénué de langage, de religion, de police, de lois, le Hottentot est jugé inconvertible par les missionnaires jésuites -Tachard, Choisy, Le Blanc.-. Considéré comme le plus misérable sauvage que la terre ait jamais porté, il donne lieu à des portraits négatifs dans la correspondance des jésuites et la presse périodique -Le Mercure Galant de Donneau de Visé-. Le témoignage de Laujardière seul fait exception mais il demeure sans effet. Si Dapper, se fondant sur des mémoires hollandais, se livre à une description ethnographique de l'Afrique, Kolb, se fondant sur une expérience personnelle de résident, fait paraître un ouvrage sujet à caution appelé à connaître une remarquable fortune sur près d'un demi-siècle : le Caput Bonae Spei Hodiernum. Les mœurs des Hottentots intéressent les historiens -Demeunier, Banier, Bernard, Voltaire...- Des relations et summae historiques, le Hottentot investit le conte et le roman –Swift, Turpin-. Dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, avec les rapports de Luillier, Pagès et Levaillant se constitue un savoir nouveau dont les comptes rendus littéraires et scientifiques livrent un état des lieux critique. Le Hottentot fait son retour sur scène aux heures les plus sombres de la révolution. Célébré par les inconditionnels de l'état de nature, il côtoiera l'orang-outang dans les systèmes classificatoires hérités de la rhétorique ramiste scandinave et divertira les publics des foires et cirques des grandes métropoles européennes tout au long du dix-neuvième siècle.

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