La perception du volcan par les Voyageurs à Bourbon aux XVIIe et XVIIIe siècles

Si l'on prend comme base d'étude une trentaine de récits rédigés par des voyageurs qui ont fait escale à Bourbon entre 1649 et 1725, le Pays Brûlé apparaît comme une région géographiquement imprécise, dont tout le monde parle et que personne ne connaît. Longtemps le mot même de volcan n'apparaît pas, même chez les voyageurs lettrés, et le champ lexical est si neutre que l'on peut se demander s'il y a non identification ou refus d'identifier. Les informations avancées sont toujours de seconde main et si le lieu commun du volcan est constant, la teneur même du récit est éminemment variable. La peur, le non-dit, l'affabulation contraignent la narration et la dramatisent. Le Pays Brûlé est à la fois une région qui fascine, une zone répulsive, le lieu où tous les savoirs acquis retournent au magma.
Quelques tentatives d'explications scientifiques accroissent l'incertitude et augmentent le mystère. Si dans l'ensemble personne ne peut expliquer la présence du feu, quelques voyageurs avancent un début d'interprétation appuyée sur des théories anciennes comme le plutonisme ou sur des connaissances en relation avec l'alchimie. Cet effort qui vise à rationaliser un tant soit peu l'irrationnel aboutit à des conclusions inverses de celles qu'il recherchait. Le risque d'extension du feu apparaît comme implicite dans tous les esprits, et les minéraux mentionnés, si l'on s'arrête un instant à leurs caractéristiques particulières, sont tous des matériaux mutables, malléables, instables, que l'on pourrait répertorier en deux palettes de couleurs : les gris/noirs et les jaunes/rouge-orangés, symboles des puissances maléfiques et cartes de visite du Diable.
Pour tous les voyageurs, à l'est d'Eden, le Feu du Ciel veille comme une menace de destruction. Les narrations successives réinvestissent continuellement les données de la Genèse, dans la vision d'ensemble comme dans les détails. De Soufre et de Flamme, le Pays Brûlé n'autorise aucune transgression : averti, fasciné et transi, le voyageur n'approche pas l'Enclos. Mais parallèlement - et nécessairement - l'imaginaire prend le relais. Mieux situé dans l'espace, le volcan devient le lieu par excellence de tous les fantasmes. Le récit lui-même - énigmatique, inquiétant, noir et or - semble contaminé par le Feu.

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