L'étape chinoise du Napolitain Gemelli-Careri : regards curieux du premier touriste occidental à la fin du XVIIe siècle

Bien avant Jules Verne, et comme tous ces voyageurs partis autour du Monde sur les pistes de l'inconnu, le Napolitain Gemelli-Careri nous propose le récit de sa circumnavigation, Giro del Mundo, qu'il publie à Naples en 1699-1700. Le succès est tel que sa relation est publiée plusieurs fois en Italie et vite traduite en anglais (1704) puis en français en 1719 par Le Noble. Les particularités marquantes de son voyage sont nombreuses. D'abord la date : à la fin du XVIIe siècle, faire le tour du monde ne va pas de soi, les voyageurs partent généralement vers des destinations précises et pour des raisons spécifiques. Ensuite, il s'agit du premier, du tout premier voyage autour du monde fait par un particulier utilisant des "transports en commun".
Né à Naples en1651, Gemelli mourut vers 1725. Docteur en Droit Civil, Gemelli passe ainsi paradoxalement à la postérité comme le premier véritable "touriste" occidental en Chine.
Comme la plupart des voyageurs subissant les suspicions de leurs lecteurs, Gemelli fut accusé d'avoir fait son "Tour du Monde" sans avoir quitté son fauteuil et sa relation fut prise pour un pur travail de compilation dès le XVIIIe siècle : "voyageur égal menteur", c'est bien connu! Mais le XIXe siècle et plus particulièrement de Humboldt ont reconnu sa véracité. Déjà, l'abbé Prévot, dans sa fameuse Histoire Générale des Voyages, se faisait l'écho de ces accusations tout en défendant Gemelli.
Marchander n'est pour Gemelli qu'un moyen de servir la curiosité du voyageur soucieux de connaître l'Autre, lui qui revendique "la noble ardeur de joindre la hardiesse des entreprises à l'utilité de l'instruction".
Après avoir accompli le tour de l'Europe en 1686, Gemelli entreprend donc celui du Monde. Il commença son voyage le 13 juin 1693 et le finit le 3 décembre 1699. Sa relation se compose de six volumes, chacun dédié à une partie du monde : Italie, Malte, Egypte, Terre Sainte, Perse, Chine, Iles Philippines, Amérique, Mexique. L'abbé Prévot retient du voyage autour du monde de Gemelli l'étape chinoise, qu'il résume dans le chapitre 9 du tome 7 de son Histoire Générale des Voyages. Il classe le napolitain après les trois fameux jésuites Le Comte (1688), Fontaney (1688) et Bouvet (1693) et avant Isbrand Ides, ambassadeur de Russie en Chine (1693), puis Laurent Lange, envoyé de Russie en Chine en 1717. Ce classement est emblématique : ni jésuite, ni diplomate, Gemelli tranche, comme son récit, qui ne renvoie à aucune des problématiques usuelles concernant la Chine à cette époque.
Nous avons donc affaire à un juriste, devenu marchand pour servir sa quête viatique, désireux de transformer son voyage en Chine en instruction et en démystification. Quel contraste par rapport aux habituels voyageurs en Chine de cette époque ! Comment peut-on être Italien, non jésuite et curieux de démystifier au lieu de subtilement endoctriner ? Ce ne peut être forcément qu'un espion du pape en mission secrète ! C'est exactement ce que vont penser les missionnaires rencontrés par l'auteur. En 1695 Gemelli débarque à Macao, puis de Canton, grâce à l'aide de missionnaires qui le prennent pour un espion du pape et lui ouvrent ainsi plus facilement toutes les portes, il se rend à Pékin où il est reçu par l'empereur Kangxi.
La problématique de cette étude est ainsi triple : il s'agit d'abord d'envisager les pérégrinations d'un pseudo espion italien du pape de Macao à Pékin, puis d'étudier la notion de curiosité quand elle n'est ni religieuse ni diplomatique, et enfin d'analyser plus précisément le regard porté sur la culture chinoise envisagée comme une culture du spectaculaire, à travers la description des principales grandes fêtes qui rendent Gemelli-Careri souvent bien euphorique.
I) De l'art, des avantages et inconvénients d'être pris pour un espion du pape
Gemelli arrive donc en Chine en pleine querelle entre, d'un côté, les Vicaires, soutenus par les missionnaires et les catholiques et, de l'autre côté, les jésuites sur lesquels s'appuie l'Evêque. Pris entre les deux camps et n'appartenant à aucun, venu de nulle part et sans avoir été annoncé, Gemelli est alors considéré comme un espion envoyé de Rome. Il a conscience que son voyage à Pékin ne lui aurait certainement pas été permis s'il avait été Portugais et que les soupçons sur son pseudo espionnage vont en sa faveur. Il doit donc se positionner en tant que "curieux" pour justifier le fait qu'il ne soit pas espion. La "curiosité" devient alors la notion clé pour éviter l'accusation d'espionnage.
II) Les débuts du "tourisme" curieux
Gemelli veut démontrer que les merveilles chinoises ne sont pas des fables que le lecteur de son époque a tendance à mettre systématiquement en doute. Lorsqu'il a l'occasion de voir l'Empereur "Cam-Hi", impressionné par la grandeur, le luxe et l'apparat des cours qu'il traverse pour arriver jusqu'à lui, Gemelli se prête au cérémonial et aux inclinations de rigueur. Il donne des nouvelles des guerres européennes à l'Empereur curieux. C'est précisément cette curiosité qu'il lui faut réfréner pour conserver sa liberté car il a bien été prévenu que s'il avouait savoir une science ou un art, l'Empereur le retiendrait infailliblement à son service. Gemelli joue l'ignorance par stratégie tout en précisant naturellement à son lecteur qu'il ne s'agit que d'une feinte, le transformant ainsi en complice d'aventure : de l'art et des manières de manier la notion de curiosité au bon moment...
Fidèle à son désir de présenter un pays merveilleux et de remettre en cause l'ethnocentrisme européen, Gemelli propose donc un éloge de la Chine et des Chinois en procédant à la description des différentes sciences chinoises : astronomie, astrologie, médecine, architecture, musique, art de la navigation, imprimerie, etc. Mais afin de ne pas tomber non plus dans le panégyrique, qui seul peut et doit concerner l'Empereur, Gemelli module ses considérations à propos des cérémonies en expliquant "qu'il est difficile de déterminer, si on doit compter les cérémonies des Chinois parmi leurs vertus ou leurs défauts, parce que d'un côté ils sont si civils et si pleins de complimens, que la Chine mérite le titre qu'ils lui donnent, de Pays des belles manières ; mais de l'autre, il faut dire qu'il en est des cérémonies comme des odeurs, dont un peu fait plaisir, et est agréable, mais dont l'excès offense et nuit." Trouver la juste harmonie entre excès et mesure : là est tout l'enjeu même du classicisme, que Gemelli applique à la Chine. Or c'est dans la notion de fête que l'auteur semble pouvoir problématiser cette spécificité fondant l'identité chinoise. En effet, la fête est par définition à la fois solennité et marginalité, ordre et désordre, règle et plaisir. Une attention plus particulière aux fêtes chinoises permet au Napolitain d'interroger le sens de l'originalité de l'Empire du Milieu.
III) "Terra festiva": une nouvelle vision de la Chine
Après avoir parlé des ouragans qui frappent Macao de juin à septembre, Gemelli assiste à une comédie. L'effet de contraste est grand : après la catastrophe, la joie, comme si le masque emblématique chinois pouvait être rapproché de celui de Janus, ou de celui qui unit Démocrite et Héraclite, l'un regardant le monde en riant et l'autre en pleurant, ou encore du masque binaire de la commedia dell'arte. La comédie est le signe de la réjouissance collective et individuelle. Gemelli remarque par ailleurs que la fête est intimement liée à la boisson. Sans recourir aux habituels clichés sur l'orgie et au parallèle avec la décadence des Romains, l'auteur établit le lien fort qui existe entre le fait de boire avec excès et les notions d'honneur et d'hospitalité : la fête est finalement un esprit plus qu'une cérémonie, qui transcende tout rituel, de bonheur comme de malheur, valable aussi bien dans une pompe funèbre que nuptiale. La joie l'emporte donc toujours. Gemelli offre ainsi au lecteur une regard festif sur une société cérémonieuse.
C'est essentiellement dans son chapitre intitulé "De la nouvelle année des Chinois. De la célèbre Fête des Lanternes" que Gemelli va développer le motif de la fête, en variant les diverses interprétations possibles sur le sens à attribuer à ces célébrations. Le voici alors herméneute interprétant les signes festifs comme éléments symboliques d'une culture. Il souligne ainsi surtout l'aspect exceptionnel de la fête et les possibilités relationnelles qu'elle autorise. La Chine, pays fermé, aux règles strictes, s'ouvre le temps de la fête pour dévoiler une face cachée tout en restant dans le cadre des cérémonies. Le plus long passage herméneutique de la relation de Gemelli est consacré aux quatre interprétations sur l'origine de la Fête des Lanternes : fable mythologique antique de Céres et Proserpine adaptée à la chinoise, aventure décadente d'un despote vivant selon la philosophie du carpe diem, aventures alchimiques d'un Empereur esthète crédule, ou encore style de vie d'un Empereur louis-quatorzien dans une sorte de Versailles à la chinoise. La description met ensuite l'accent sur les masques, la musique, les couleurs de la soie, les comédies, la danse, les mimes, l'art des feux d'artifice, etc. L'auteur insiste sur l'aspect général, voire quasi démocratique de ces célébrations. Un Empire illuminé : voici donc bien la vision que propose Gemelli de la Chine à son lecteur. Les symboles de la lumière deviennent largement emblématiques : l'Empire du Milieu, ou le milieu entre deux siècles et deux esthétiques, entre les cours européennes d'apparat luxueusement classiques (Versailles, Venise, Rome, Castille, Munich, etc.) et les Lumières d'un nouveau siècle illuminé par la raison. La Chine selon Gemelli, illuminée par les feux d'artifice, propose la vision réjouissance d'une "terra festiva" ou d'un pays des merveilles lumineux. L'auteur loue ainsi les moeurs éclairées, gracieuses et parfois efféminées des Chinois par opposition avec la rudesse des Tartares, en ramenant leur délicatesse à un art de vivre à la fois festif et esthète.

Dans l'étape chinoise de Gemelli-Careri, comme dans l'ensemble de sa relation autour du monde, nous avons donc affaire à un récit classique, contenant tous les topoi de la littérature de voyage. La grande originalité de ce texte vient surtout de ce qu'il nous révèle le premier regard de touriste, de voyageur d'un tour du monde par agrément, développant de fréquentes descriptions, d'un curieux indifférent aux querelles jésuites, enclin à mettre davantage l'accent sur la dimension festive de la Chine. Gemelli pose sur l'Empire du Milieu un regard d'esthète essentiellement, mais un regard qui semble bien comprendre cet esprit si radicalement "autre" pour un Italien classique et si curieusement lumineux pour un précurseur des Lumières. La fameuse "crise de la conscience européenne" (1680-1715, cf. P. Hazard) passe par cette découverte.

Well before Jules Verne, like all these travellers gone all around the world to explore the unknown, Napolitan Gemmeli-Careri presents the narration of his circumnavigatio, Giro del Mundo, which he publishes in Naples in 1699-1700. The success is such that his narration is published several times in Italy and rapidly translated into English in 1704 and then into French in 1719 by Le Noble. The outstanding particularities of his journey are numerous. First of all, the date : at the end of the 17th-Century, travelling around the world is not easy, travellers usually leave for precise destinations and for specific reasons. Then, it is the very first journey around the world made by a private individual using public transports.
Born in Naples in 1651, Gemelli died around 1725. Paradoxicaly, Doctor of Law, Gemelli becomes famous as the first genuine western "tourist" in China.
Like most travellers undergoing his readers' suspicion, Gemelli was accused of travelling around the world without having left his armchair and his work was taken for a sheer compilation as soon as the 18th-Century : "a traveller equals a liar", as the proverb goes! However the 19th-Century and more specifically De Humboldt have acknowledged its truthness. L'Abbé Prévot already in his well-known Histoire générale des Voyages echoed those accusations but took the defence of Gemelli.
Trading is for Gemelli just a means of satisfying the traveller's curiosity interested in getting to know the Other, for him who believes in "the noble fervour to make bold enterprises meet the usefulness of education".
After completing a journey around Europe in 1686, Gemelli decides then to travel around the world. He started his journey on june 13th 1693 and ended it december 3rd 1699. His narration is composed of six volumes, each one being dedicated to a part of the world : Italy, Malta, Egypt, Holy Land, Persia, China, the Philippines, America, Mexico. L'Abbé Prévot only takes into account the chinese stage in Gemelli's journey around the world, which he sums up in chapter 9 volume 7 of his Histoire générale des voyages. He classifies the Napolitan traveller after the three famous Jesuits Le Comte (1688), Fontaney (1688) and Bouvet (1693) and just before Isbrand Ides, the Russian ambassador to China (1693), then Laurent Lange Russia's special envoy to China in 1717. This classification is quite symbolic : neither jesuit nor a diplomat Gemelli appears quite outstanding just like is narration which is far away from the usual issues concerning China at that time.
We then have to deal with a lawyer who became a merchant to serve is quest for travelling, willing to transform his journey to China into knowledge and demystification. The contrast is sharp in relation to the usual travellers to China at that period ! How can one be Italian none jesuit and willing to demystify instead of trying to indoctrinate on the sly ? It could only be one of the Pope's spies in secret mission ! It's exactly what the missionnaries met by the author are going to think. In 1695, Gemelli docks at Macao, and from Canton, thanks to the help of the missionnaries who take him for a Pope's spy and then open every door to him more easily, he makes for Beijing where Emperor Kangxi receives him.
This study's problematic is then threefold : first of all we can envisage the tribulations of a pseudo Pope's Italian spy from Macao to Beijing, and then deal with the concept of curiosity when it is neither religious nor diplomatic and then analyse more precisely the vision cast on a chinese culture considered as a culture of the spectacular, through the description of the main great celebrations which make very often Gemelli-Careri very euphoric.
I) The art, advantages and disadvantages of being taken for a Pope's spy
Gemelli gets into China in the middle of a quarrel between the Vicars backed by missionnaries and catholics on one side, and the Jésuits on whom the Bishop relied. Stuck between the two parties and belonging to neither, having come from nowhere and not having been introduced, Gemelli is then considered as a spy sent by Rome. He is fully aware that his journey to Beijing wouldn't have been allowed, had he been Portuguese and that the suspicion concerning his being a spy was an advantage for him. He must then position himself just as an iquiring mind to justify the fact that he is no spy. Curiosity then turns itself into a key-notion to avoid the espionage charge.
II) The beginnings of the inquiring "tourism"
Gemelli wants to demonstrate that the chinese wonders are not fables that his contemporary reader tends to challenge systematically. When he has the opportunity to see Emperor "Cam-Hi", fully impressed by the greatness, luxury, pomp of the courts he walks through to get to him, Gemelli takes part in the ceremony and required inclinations. He gives information about European wars to the inquisitive Emperor. It is precisely this curiosity that he must refrain to keep his freedom, for he has been warned that if he happened to possess an art or a science, the Emperor would not fail to retain him at his own service. Gemelli plays the ignorant out of strategy however making it clear to his reader that it is but a feint which inevitably transforms the reader into an adventures'accomplice : of the art and manners of handling the notion of curiosity at the right time...
Coherent with his desire to present a land of wonders and to challenge the European ethnocenticity, Gemelli sings the praises of China and the Chinese, describing the various chinese sciences : astronomy, astrology, medecine, architecture, music, art of navigation, printing, etc. But in order to avoid the fact of falling into the panegyric genre necessarily reserved for the Emperor. Gemelli modulates his considerations about ceremonies explaining that : "it is not easy to determine, whether we have to count the chinese ceremonies among the virtues or defects because, on the one hand they are full of civility and compliments so that China deserves the title wich is given to it of "Country of good manners"; but on the other hand it must be said that certain ceremonies as well as certain smells which are pleasant and satisfying in small quantity but the excess of which offences and is harmful". To find the perfect balance between excess and measure constitutes the very challenge of the classicism that Gemelli applies to China. It is in the notion of celebrations that the author seems to be able to put in perspective this specificity which funds the chinese identity. Indeed, celebrations are by definition both solemnity and marginality, order and chaos, law and pleasure. A more particular attention paid to the chinese celebrations enables the Napolitan traveller to explore the signifying originality of the Empire of the Middle.
III) "Terra festiva" : a new vision of China
After having dealt with the hurricanes that hit Macao from june to september, Gemelli attends a comedy. The contrast effect is great. After the catastophy : joy, as if the emblematic chinese mask could be equated to that of Janus, or to that which unites Democrites and Heraclites, the former looking at the world laughing and the latter crying, or again to the binary mask of commedia dell'arte. Comedy is the sign of collective and individual joy. Gemelli notes as well that celebrations are intimitely linked to drinking. Without resorting to the usual cliches on orgy and the parallel with the Roman decadence, the author establishes the strong link between the fact of overdrinking and the notions of honor and hospitality : celebrations are eventually a state of mind rather than a ceremony, which transends every ritual, happiness or misery, valid in nuptial as well as funeral ceremonies. Joy is always stronger. Thus, Gemelli offers a festive vision on a ceremonious society.
It is essentially in his chapter entitled "Of the chinese New Year's Eve, of the famous Lanterns Festival" that Gemelli developped the motive of celebrations, varying the possible interpretations on the meaning to derive out of it. Here he is, trying to draw careful hermeneutics out of the festive events which he sees as symbolic of a culture. He underlines above all the exceptionnal aspects of celebrations and the relationnal possibilities that they offer China, as a closed country with strict rules opens for the time of the celebrations to unveil a hidden facet while remaining in the frame of ceremonies. The longest hermeneutic passage in Gemelli's narration is dedicated to the four interpretations on the origin of the Lanterns Festival : the mythological ancient fable of Ceres and Proserpine adapted the chinese way, a decadent adventure of a tyran living according to the carpe diem philosophy, the alchimic adventures of an Emperor, gullible and aesthete, or again the lifestyle of an Emperor in a Louis-14th fashion in a kind of chinese Versailles. Then the description lays emphasis on masks, music, the colors of silk, comedies, dances, mimes, the art of firework, etc. The author insists on a general almost democratical aspect of the celebrations. An illuminated Empire : here is the vision of China which Gemelli presents to his reader. The symbols of light become widely emblematic : the Empire of the Middle, or the middle between two centuries and two sorts of esthetics, between european courts fraught with classical luxury and pomp (Versailles, Venice, Rome, Castilla, Munich, etc.) and the Lights of a new century enlightened by reason. China, according to Gemelli, illuminated by fireworks, presents the rejoycing vision of a "terra festiva" or a luminous land of wonders. The author thus praises the enlightened, gracious and sometimes effeminated Chinese' mores, in sharp contradiction with the Tartars'toughness, characterising their delicateness as a lifestyle both festive and aesthetic.

In Gemelli-Careri's chinese stage, as in the whole of his narration around the world, we are faced with a classical narration containing all travel literature topoi. The great originality of this text is due to the fact that it reveals the first vision of a tourist, a traveller around the world who does it for pleasure, developping frequent descriptions originating from an inquiring mind indifferent to jesuit quarrels inclined to put more stress on the festive dimension of China. Gemelli casts on the Empire of the Middle an aesthete's vision essentially, but a vision which seems to understand well this spirit so radically "other" for an Italian belonging to the classical period and so curiously enlightened for a precursor of the Age of Enlightnement. The famous "European conscious crises" (1680-1715, P. Hazard) is brought to light that way.

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