François Bernier ou la mise en scène épistolaire d'un Orient épicurien.

François Bernier, le grand voyageur connu pour ses lettres au riche et souvent très neuf contenu anthropologique, surnommé "le divin Mogol" et "le Joli Philosophe" par ses correspondants, écrit à partir de ses voyages en Orient (Palestine, Syrie, Egypte, Delhi, Lahore, le Cachemire, le Bengale, etc.) des lettres du médecin B. sur le Grand Mogol (1661), une Lettre sur l'étendue de l'Hindoustani, une Histoire de la dernière révolution des Etats du Grand Mogol (1670), la Suite des "Mémoires" du sieur B. sur l'empire du Grand Mogol (1671), mais aussi un Abrégé de la philosophie de Gassendi (1678) et des Doutes sur quelques chapitres de l'Abrégé (1682) qui utilisent aussi ses expériences orientales. Parmi ses correspondants, Chapelle demande dans une lettre à Bernier du "nouveau", c'est-à-dire quelles nouvelles idées lui sont venues en Asie et quelles sont les pensées que lui a inspiré son long voyage aux Indes. Mais le "questionnement" compte finalement plus pour le voyageur libertin que les "idées", dans la mesure où il permet de fonder la pensée sur des indéterminations et rendre illusoire toute "réponse" prétendument nouvelle. Chaque lettre de Bernier s'adresse à un destinataire différent et lui consacre un autre sujet : de Delhi, il écrit à la Mothe Le Vayer (premier juillet 1663), de Shiraz en Perse à Chapelain (4 octobre 1667), etc. A Colbert il explique la cause de la décadence économique du grand Mogol, à Chapelain il montre les "superstitions, étranges façons de faire, & doctrines des Indous ou Gentils de l'Hindostan", à Chapelle il mentionne son intention de "se mettre à l'étude sur quelques points concernant la doctrine des Atomes & sur la nature de l'Entendement humain". Sa correspondance orientale est donc abondante : lettres sur le café, lettres sur les moeurs, lettres philosophiques, etc., les sujets sont aussi variés que ses destinataires. Aussi nous proposons-nous de nous concentrer sur ses lettres à M. de Merveilles, envoyées de Cachemire. Elles décrivent cette région comme "le Paradis Terrestre des Indes" tout en s'efforçant paradoxalement de réfléchir sur la "Cause principale de la Décadence des Etats d'Asie". Cette réflexion semble directement relever d'une intention gassendiste et viser une démonstration épicurienne, où le jeu épistolaire a un rôle qu'il paraît intéressant d'explorer.

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