Du récit au roman, du roman au récit : le voyage comme genre métoyen au XVIIe siècle

Ce sujet propose une réflexion sur le voyage au XVIIe siècle, que François Bertaud définit comme "un genre métoyen" entre l'histoire et le roman, car pour lui les voyages "ne traitent que les aventures des particuliers, comme les romans, mais avec autant de vérité et plus d'exactitude encore que les histoires". - François Bertaud, Journal du voyage d'Espagne, Paris, Denys Thierry, 1699, p.IV. - Le voyage se rapproche donc du genre des chroniques ou des mémoires, et donne lieu à un texte mêlé, entre la relation de voyage authentique et le roman. Au XVIIe siècle, les interinfluences entre les deux genres sont de plus en plus récurrentes, aussi bien du point de vue générique et structurel que thématique et stylistique. En 1601 naît ainsi le premier roman issu directement d'un récit de voyage et qui l'affirme comme tel, Les Amours de Pistion d'Antoine Du Périer : lors de la réédition du roman, en 1606, Du Périer modifie la page de garde en rajoutant un sous-titre : Les Amours de Pistion et de Fortunie. Tirées du voyage de Canada, dicte France Nouvelle. Cette modification a un effet publicitaire certain, et montre bien que la mention historique du voyage permet de rehausser la thématique amoureuse romanesque. A l'autre extrémité du siècle, J-F. Regnard inverse le procédé : son Voyage en Laponie poursuit l'histoire de son roman La Provençale dans le genre viatique (tous deux sont parus en 1731, de façon posthume). Cette fois ce n'est plus la relation qui sert de source au roman, mais la relation qui prolonge dans la réalité le roman. Le voyage par dépit amoureux du roman devient voyage de curiosité dans le récit. Confronter le cas d'A. Du Périer et celui de J-F. Regnard permet de montrer deux manières différentes de procéder au mélange des genres, et de mettre l'accent sur l'évolution du phénomène et de ses significations entre le début et la fin du siècle.

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11h00