"Des projets d’inventaire aux guides du patrimoine touristique : la reconnaissance d’une « Touraine archéologique » (1830-1930)"

Depuis 1930, plusieurs ouvrages ont fourni au touriste averti et au chercheur commençant l’inventaire détaillé d’un patrimoine archéologique qui a profondément marqué l’identité de « la Touraine », en fait du département-province qu’est l’Indre-et-Loire. Notons que ces ouvrages font suite, dans le cadre d’une démarche plus systématique, aux guides touristiques publiés depuis le milieu du XIXe siècle, notamment ceux édités par la Librairie Hachette, avec sa série des Guides-Joanne puis Guides-Bleus. 

C’est en 1930 que le docteur Robert Ranjard publie : La Touraine archéologique. Guide du touriste en Indre-et-Loire, ouvrage qui va connaître trois rééditions augmentées, la dernière, celle de 1958, étant deux fois rééditée en 1968 et 1978. C’est avec cet ouvrage en main que plusieurs générations d’amateurs avertis et de touristes lettrés, voire de chercheurs, ont découvert les églises, châteaux et autres sites archéologiques des communes d’Indre-et-Loire. Cet ouvrage constitue la synthèse d’un siècle de recherches et de publications, principalement celles dues aux soins des érudits rassemblés au sein de la Société archéologique de Touraine depuis 1840. 

Cet inventaire communal va être prolongé par le « pré-inventaire des monuments et richesses artistiques d’Indre-et-Loire » confié par le Préfet, en septembre 1968, à la Société archéologique de Touraine. Cette demande du ministère de la Culture illustre le fait que cette société savante est toujours la seule à pouvoir disposer d’un réseau de correspondants sur tout le territoire du Département. Au 30 juin 1969, ce seront 1 584 fiches, 948 photos et 241 documents qui auront été produits par les membres de la Société, avant que l'Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France ne professionnalise cette démarche quelques années plus tard. 

L’inventaire des richesses patrimoniales du département d’Indre-et-Loire sera néanmoins poursuivi hors de ce cadre officiel, par une équipe de chercheurs universitaires : géographes, historiens et archéologues œuvrant, pour partie, au sein des sociétés savantes. En 1987, Jean-Marie Couderc, Pierre Audin, Martine Hubert et Alain Schulé publient un Dictionnaire des communes de Touraine, qui a l’ambition de constituer un inventaire élargi à de nouveaux facteurs touchant à l’identité du territoire, par exemple les formations pédologiques et les paysages. 

Cet ouvrage, trop volumineux pour constituer un guide de voyage, comme peut l’être la Touraine archéologique de Ranjard, est alors complété par deux ouvrages plus spécifiquement destinés au besoin du tourisme patrimonial en Val de Loire et en Touraine. En 1988 paraît, sous la direction de Jean Pérouse de Montclos : Le Guide du patrimoine. Architectures en région Centre (Val de Loire, Beauce, Sologne, Berry, Touraine) ; en 1996, sous la direction et Christine Toulier et de Daniel Schweitz, ce qui sera probablement la dernière édition du Guide Bleu classique, consacré au Centre-Val de Loire. 

L’ensemble de ces ouvrages marquent l’aboutissement d’une démarche d’inventaire et d’étude scientifique qui s’amorce, ici comme ailleurs, sous la monarchie de Juillet, faisant peu à peu émerger une connaissance et des perceptions identitaires qui finiront par fonder la « Touraine archéologique » dont il est ici question. Cette démarche a récemment fait l’objet de plusieurs ouvrages remarquables, notamment ceux dus aux soins de Jean-Pierre Chaline, Odile Parsis-Barubé, François Guillet et Jean-Yves Guiomar, mais la diversité des cas nécessite bien d’autres études locales. Cherchons donc à remonter jusqu’aux origines de ce processus en Touraine, pour en dater plus exactement l’émergence, en relever les principaux animateurs, définir les modèles qui inspirent leur action, percevoir leurs premiers objectifs scientifiques. 

Chercheur: 

Session: 

16h40