"De la reconnaissance à l’action : Prosper Mérimée et les monuments historiques du Centre de la France"

Sillonnant la France en tant qu’Inspecteur général des Monuments historiques à partir de 1834, Prosper Mérimée publia quatre comptes rendus de voyage dans les années qui suivirent son entrée en fonction (1834–1840). Cette période fut formatrice à plus d’un titre : il s’agissait tout d’abord pour Mérimée, qui prenait la relève de Ludovic Vitet, d’apprendre sur le tas et le terrain une pratique archéologique elle-même en plein renouvellement. Désireux d’établir de nouveaux modèles s’écartant de la pratique des antiquaires du siècle précédent, les savants de la Monarchie de Juillet avaient à cœur de définir une méthode scientifique digne d’une nouvelle discipline archéologique. Les Notes de voyages publiées par Mérimée contribuèrent directement à la constitution d’un tel modèle, basé sur une observation stricte et une approche comparatiste.

Il s’agissait également d’inventorier les monuments les plus exemplaires de la riche histoire politique, architecturale et artistique de la nation et, à partir de ce premier recensement, de mener à bien une action de préservation des monuments les plus exceptionnels, par leur représentativité ou par leur caractère unique. De La Charité-sur-Loire à Fontevrault et de Chartres à Bourges, Mérimée a donc proposé une première cartographie monumentale des pays du Centre de la France lors de ses différents voyages. En mettant en lumière les choix de l’Inspecteur – choix à la fois personnels et influencés par ses contacts locaux –, cette présentation propose dans un premier temps d’analyser la manière dont l’état des lieux monumental fut mené dans la France romantique.

Sur la base de cette première reconnaissance, Mérimée continua son action de terrain, au plus proche, cette fois, du travail de préservation et de restauration, durant les années 1840 et 1850. En nous appuyant sur la correspondance mériméenne ainsi que sur les rapports conservés aux Archives des Monuments historiques (Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine), nous proposons une analyse de quelques cas concrets à Chartres, Orléans et Bourges, permettant d’envisager l’impact du Service des Monuments historiques sur la constitution du patrimoine bâti que le premier XIXe siècle nous a légué.

Cette analyse du regard savant porté sur les monuments du passé se double d’une comparaison avec l’influence qu’il exerça d’une manière plus large dans les représentations du patrimoine national. À travers l’exemple des Mémoires d’un touriste de Stendhal (1838), dont on connaît, depuis le travail de recension de V. Del Litto, la dette qu’ils entretiennent envers les écrits archéologiques de Mérimée, il s’agit de relever la transmission, d’un support savant à un support fictionnel (rappelons que les Mémoires sont fictifs), des connaissances en matière de monuments. Ce n’est d’ailleurs pas la moindre des coïncidences que Mérimée ait traversé la région pour la première fois véritablement en 1838, portant son regard d’une part, sur les monuments, de l’autre, sur ces Mémoires d’un touriste que son ami lui avait soumis pour consultation. D’une certaine manière, c’était dans le Centre de la France que s’alliait, par une conjonction fortuite, l’œuvre savante de protection du patrimoine et ses échos dans un premier imaginaire du voyage touristique en France.

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15h35