Bory de Saint-Vincent a-t-il marqué la fin de l'Imaginaire du Volcan de l'Île de La Réunion ?

Au XVIIIe siècle, la géologie quitte le domaine des spéculations abstraites et plutôt philosophiques pour celui des sciences véritables. Le géologue doit aller sur le terrain, l'imagination ne suffit plus. Et le terrain est de plus en plus vaste : Bougainville effectue le tour du monde de 1766 à 1769, Cook découvre Hawaii et ses volcans en 1779.
Deux théories s'opposent alors, les esprits s'affrontent : pour les Neptunistes, toutes les roches, y compris le basalte, se sont formées dans les mers. A la suite des travaux de Lavoisier, on est convaincu que les volcans sont dus à des feux de charbon ou de graisses d'animaux enfouis dans les sédiments. Le volcanisme est un phénomène superficiel et destructeur. La prismation des basaltes est due à la dessiccation, comme les craquelures de la boue qui sèche.
Pour les Plutonistes, au contraire, les volcans sont en communication avec l'intérieur de la Terre en fusion. Ils contribuent à la formation de reliefs. La chaleur interne est périodiquement évacuée par les éruptions. Les roches volcaniques sont le résultat d'une fusion et non d'une combustion.
Les premières observations de terrain modernes sont réalisées en auvergne et en Italie. Bory de Saint-Vincent, qui est très érudit malgré son âge, les connaît parfaitement mais de façon livresque. Né à Agen en 1778, il fait ses études à Bordeaux et ne séjourne que quelques jours à Paris avant de s'embarquer pour l'Australie avec l'expédition Baudin. Son approche du volcanisme est totalement intellectuelle. Il se forge une opinion en assistant à deux reprises à une éruption du Piton de la Fournaise en 1801 et en étudiant pendant six mois la Réunion dont la nature volcanique est connue depuis le début de son occupation. Il confronte ses observations aux opinions des Encyclopédistes et des géologues de son temps. Ils sera un précurseur et pendant plus d'un siècle, ses travaux feront autorité. Il a véritablement ouvert la voie de la recherche scientifique à la Fournaise.
A-t-il marqué la fin de l'imaginaire du Volcan ? La géologie moderne est une science particulière car elle fait très peu appel à l'expérience. En revanche, plus que jamais, elle sollicite l'imagination, même si celle-ci est canalisée : que se passe-t-il à l'intérieur de la Terre, comment appréhender les durées géologiques ?

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