À propos d'un retour de Goa : Lettre d'un lazariste du Fort Dauphin à Vincent de Paul (5 février 1650)

Enlevé à 13 ans par un capitaine de vaisseau portugais, Dian Ramach [Andriandramaka], fils unique d'un roi du Sud malgache, accomplit trois années d'études à Goa, de 1614 à 1617, sous la houlette de missionnaires jésuites. Baptisé sous le nom de Don André, familiarisé aux nouvelles moeurs, à la langue portugaise et à la religion chrétienne, il est décoré de la croix d'Or de l'Ordre du Christ et revient à Madagascar accompagné de deux jésuites, convaincu de pouvoir prêcher sa nouvelle religion aux siens. Mais huit ans après son retour, Andriandramaka dirige désormais la célébration des rites ancestraux.
Une problématique s'insinue dans le lettre adressée à Vincent de Paul par le lazariste Nacquart en mission au Fort Dauphin en 1650. Olona mahay soratra (litt. "personne qui connaît l'écriture"), Andriandramaka/Don André se trouve devant une alternative : prêcher le christianisme ou user des matériaux acquis pour fabriquer du sens et faire des pratiques ancestrales un corps de doctrines accompagné d'un système liturgique.
De fait, Andriandramaka recommence un choix déjà fait : la "superstition" semble ainsi retrouver son sens étymologique de "survivance" et pointer l'inadéquation du langage articulé de la religion instituée pour exprimer une altérité symbolique.
Corpus :
- Manuscrit : Lettre écrite par les missionnaires de Madagascar au dix-septième siècle à M. Vincent de Paul, Supérieur général des prêtres de la Mission pour en donner part à la Sacrée Congrégation De propaganda fide. Signée : Ch. Nacquart, Fort-Dauphin, 5 février 1650. [Bibliothèque de Carpentras : manuscrit n° 160 (L. 165), fol. 548-571].
- NACQUART [Charles], r. p., "Mission à Madagascar. Journal et lettres", in Mémoires de la Congrégation de la Mission, tome IX, Paris, 1866, p.22-25, 109-110, 120-122 [BNF : RES 8 LD 45-19(9)].
- BOURDAISE, r. p., "Lettre datée de Fort-Dauphin, 1656", ibid., p.313-314.

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