Le théâtre des voyages (n°11 coll.)

Une scénographie de l'Âge classique

Editeur: 

Collection Imago Mundi

Année: 

2005

Ce volume rassemble des études réalisées sur une dizaine d’années dans la perspective trop ambitieuse de débrouiller ce qui était pour le chercheur l’objet d’une interrogation récurrente. Pourquoi ce continent de notre mémoire collective que sont les relations de voyages était-il si mal connu, à l’exclusion de quelques grands noms, que, d’ailleurs, l’on citait davantage pour leurs exploits vrais ou feints que par les récits qu’ils en donnèrent ou qu’ils en suscitèrent ? Pourquoi la « littérature de voyage » ne semblait-t-elle naître qu’au xixe siècle ? Pourquoi notre imaginaire, pourtant nourri de mythes exotiques, ne les rattachait-il que rarement à des textes précis ? Pourquoi Jules Verne fit-il plus pour la littérature de la mer que Pigafetta ou Cook ? Pourquoi la découverte de l’Autre suscita-t-elle plus de rejet que d’ouverture, de jugements hautains que de délicieuses rencontres, de diabolisation que d’humaine sollicitude ? Le monde est un théâtre aux scènes multiples dont les acteurs s’ignorent. Chaque troupe a ses auteurs favoris, ses décors de prédilection, sa tradition de jeu et d’interprétation. Il n’est guère recommandé de perturber le déroulement et le rituel de la tragi-comédie sociale. Le voyageur est un empêcheur de penser en rond. Nous avons tenté de mettre en évidence à travers cette construction théâtrale le croisement des regards qui s’indiffèrent et se jaugent, chacun faisant de l’autre son propre spectacle. L’un écrit, même s’il n’est pas nécessairement celui qui juge le mieux. Mais nous lirons toujours sur son visage quelque chose comme un reflet de l’Autre et, dans sa prose, le palimpseste de ce qu’il se cache à lui-même. Voyager, c’est confier son destin au hasard des rencontres : on n’en revient jamais tout à fait indemne. Il reste le théâtre du monde, qui satisfait d’aucuns et sert à produire ce qui a longtemps été considéré comme la petite monnaie de la littérature. Aujourd’hui, ces pages qui nous parviennent d’outre-tombe véhiculent des voix qui nous paraissent plus familières et plus vivantes que nombre de belles pages de nos littératures nationales : un théâtre qui s’improvise au gré des paysages et des hommes, et qui s’écrit dans le vent.