Tous les numéros de la revue Astrolabe

- Novembre 2006

Astrolabe N°: 

7
La figure du voyageur et la façon dont il rend compte de son voyage semblent être en évolution perpétuelle dans un mouvement étroitement lié aux moyens de transport à sa disposition. La ‘crise’ que le voyage et son écriture semblent avoir connu dans la première moitié du XXe siècle, n’est qu’une manifestation de cette évolution. Déjà dans la deuxième moitié du XIXe siècle des voyageurs comme Alberto Ferrero della Marmora, semblent douter de la légitimité du mot ‘voyage’ pour désigner des voyages dans des parties de l’Europe qui, grâce à l’évolution de la science sont désormais plus facilement joignables. Si les possibilités offertes par de nouveaux moyens de transports et notamment l’élément de la vitesse, alimentent le questionnement du voyageur à propos de ses propres expériences, il est aussi vrai que ces mêmes éléments deviennent les inspirateurs et les sujets de nouveaux récits de voyages, tels les récits de voyage en automobile. Les nouveaux moyens de transport ne modifient donc pas les enjeux principaux du vrai voyageur selon Hérodote, la rencontre, le questionnement, la volonté de comprendre.

Tania Manca

- Octobre 2006

Astrolabe N°: 

6
« Nomade, traverses, seuils, mouvement, horizons, altérités, espaces, migrations, pérégrin, vagabondage, dérives, errance… » Le voyage, aujourd'hui, n'en finit plus de se dériver. Il a bonne presse ce mot-clef devenu un sésame dans « le langage des communicants ». Tout est voyage, sans que cela implique nécessairement un déplacement physique. L'emploi du terme s’étend jusqu’au registre commercial de la téléphonie. De l’échelle des continents, il est passé aux ondes corpusculaires et l’escale prestigieuse est désormais remplacée par la borne Wifi. Xavier de Maistre serait surpris du succès de sa formule.
Mais cette bonne fortune ne se fait-elle pas au risque d’une certaine dévaluation linguistique ? Ne sommes-nous pas en train d’assister à la catachrèse du mot voyage ? Car ce qui est célébré est la capacité de déplacement, la vitesse, la prouesse technique, en dehors de la difficulté, de la lenteur, du malentendu, de l’échec qui étaient autant d’étapes, de stations pour atteindre finalement à la connaissance.
Doit-on dès lors en appeler à une réaction sédentaire ? Revenons plutôt au propos critique de Gilles Deleuze pour qui le voyage est « de la rupture à bon marché » et qui ayant imaginé le concept du nomadisme précise aussitôt : « les nomades ne voyagent pas, ils sont immobiles, ils s’accrochent à leur terre, c’est à force de vouloir rester sur leur terre qu’ils nomadisent ». A méditer.

- Septembre 2006

Astrolabe N°: 

5
Si le voyage représente la quête d’un lieu, la découverte de soi et de l’autre, l’acquisition et la perte des repères, il reste toujours et sans doute un apprentissage dans l’essence du mot. L’apprentissage du voyage n’est pas seulement celui du voyageur mais aussi celui de son lecteur et, peut être encore plus, celui du chercheur qui à partir de l’étude d’un récit de voyage découvre une myriade de mondes nouveaux. Cet apprentissage va de pair avec l’échange d’informations et le partage des connaissances et des nouvelles découvertes qui élisent comme l’un des lieux de prédilection les colloques internationaux. Des colloques ayant pour thème le voyage auront en effet lieu le 7, 8 et 9 septembre, le VIe Borders & Crossings à l’Université de Palerme et Theatre & Travel 2 / Théâtre & Voyage II, à la University of Ulster.

Tania Manca

- Août 2006

Astrolabe N°: 

4
De tous les types de voyage, celui de découverte est sans aucun doute le plus noble. Il rassemble toutes les dimensions de l’aventure humaine : l’épreuve de l’inconnu, la rencontre de l’altérité radicale, la soif de connaissance, la quête spirituelle, l’élargissement de la conscience du monde, bref il a quelque chose d’une Renaissance, et il n’est d’ailleurs pas anodin que cette époque fut son âge d’or. Mais Tzvetan Todorov l’a remarqué : la découverte du « nouveau » monde signait en même temps sa conquête et sa fin.
Le domaine de la représentation cartographique semble aujourd’hui illustrer cette sentence. Le globe terrestre est désormais circonscrit, scruté en permanence par une escadrille de satellites, son image d’une précision de quelques mètres est disponible sans autre déplacement qu’un simple mouvement de doigt. Le blanc des cartes qui inspira la rêverie sur l’ailleurs et le lointain par son paradoxal pouvoir d'obscurité, et qui fit le destin de beaucoup d’explorateurs n’est simplement plus.
Tout est placé sous la lumière de midi, sans ombre portée. Nous revient alors à l’esprit l’histoire de Peter Schlemihl, qui vendit son ombre au diable contre la bourse de Fortunatus et qui ne trouva le repos qu’en parcourant le monde à l’aide des bottes de sept lieues. Nous revient aussi l’apologue final, le seul conseil dont l’homme ait besoin dans sa vie aux dires de Chamisso : « apprends d’abord à révérer l’ombre ».

- Juillet 2006

Astrolabe N°: 

3
L’accès au savoir et, dans le domaine qui nous intéresse, à la littérature viatique se fait en grande partie grâce aux bibliothèques spécialisées. Un des objectifs du CRLV a toujours été de diffuser et de partager ce savoir sur la littérature de voyage. Outre le site du CRLV, les chercheurs ont aujourd’hui à leur disposition un nouveau fond ‘Littérature des voyages’ à la Bibliothèque de la Maison de la Recherche de l’université Paris-Sorbonne, (28, rue Serpente. 75006 Paris, 1er étage) Catalogué sous la cote 808.803, ce fond de plus de 600 ouvrages modernes, don de François Moureau à la communauté scientifique, sera dorénavant enrichi par le CRLV. Il comprend des éditions de textes, des monographies et des collectifs, dont des exemplaires publiés à l’étranger peu ou pas représentés dans les bibliothèques françaises. A partir du mois de septembre, tous les chercheurs pourront y accéder sur justificatif. Ce nouvel outil situé dans le bâtiment où le CRLV s’est installé depuis un an et où se déroulent maintenant l’essentiel de ses séminaires et de ses journées d’études contribue à renforcer l’attractivité de ce lieu d’accueil en plein Quartier latin.

Tania Manca

- Juin 2006

Astrolabe N°: 

2
L’étude de la littérature de voyage semble une référence utile à l'histoire pratique et politique des contraintes du déplacement. Sa fréquentation relativise le sentiment, qui commence à poindre, d’une fermeture du monde. La frontière comme obstacle a souvent prévalu. Combien de pages de récits de voyage consacrés aux récriminations contre des douaniers tatillons et inébranlables transformés en cerbères de royaumes interdits.
C’est en cela que la littérature de voyage est précieuse : non seulement par son caractère documentaire de témoignage, mais aussi par son caractère originellement transgressif à l’égard des lignes de démarcation. Autrement plus difficile que la navigation en chambre sur Internet, l’expérience du voyage réel impose au contraire sa lenteur, ses déceptions et ses périls, renvoyant finalement à la précarité de la rencontre contre laquelle justement sa relation œuvre. Si elle ne fait pas tomber les frontières, elle permet de les franchir librement en esprit.

Jean-François Guennoc

- Mai 2006

Astrolabe N°: 

1
La revue en ligne mensuelle du CRLV est un espace de publication, d'information et de réflexion consacré à la recherche sur le voyage. Des articles scientifiques originaux, des compte rendus d'ouvrages critiques, des analyses littéraires et iconographiques tendent à rendre compte des actualités de l'édition et de la recherche tout en participant à son développement. Créée à l'initiative de chercheurs en littérature, elle est naturellement ouverte aux autres disciplines. Cette interdisciplinarité, pour reprendre un terme académique moderne, est inscrite dans l'histoire même de la littérature de voyage dont l'identité générique est originellement problématique. Mêlant les savoirs et les postures, le texte et l'image, confrontant le proche et le lointain, le même et l'autre, elle élabore une approche culturelle et personnelle de l'histoire qui retrouve bien des préoccupations contemporaines sur la marche du monde.

Jean-François Guennoc

Toute proposition d'article scientifique et de contribution est à envoyer aux membres du comité de rédaction:

Alessandra Grillo
Jean-François Guennoc
Tania Manca

2005

Astrolabe N°: 

0

Entre journal de bord et correspondance, le ‘blog journal’ semble être l’un des supports les plus modernes utilisés par le voyageur contemporain. Depuis n’importe quelle partie du globe, poste Internet permettant, il rend régulièrement compte de ses déplacements, du pays visité, de la rencontre avec l’altérité, de ses sensations, de ses émotions, de ses états d’esprit, des choses lues, des choses vues, des choses imaginées…. Ses destinataires ? Les amis, la famille, des curieux, voir des inconnus ; en somme, tous ceux qui souhaitent suivre son parcours, ce récit de voyage, en se connectant sur le blog qui accueille parfois aussi les ‘journaux’ d’autres ‘voyageurs’. Qu’est ce qu’il en est de la valeur littéraire de ces témoignages ? La question qui se posait autrefois pour les récits de voyage ou les correspondances se repropose… Quel est l’intérêt de ces témoignages ? Les questionnements ne sont pas nouveaux.

Tania Manca

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