Novembre/Décembre 2014

Astrolabe N°: 

46

Sommaire

LE CLÉZIO ET LA QUÊTE D’HARMONIE

Âgé de sept ans, JMG Le Clézio part rejoindre au Nigéria un père qu’il n’a jamais vu. Il écrit alors à bord du bateau deux petits romans. Cette aventure est une expérience fondatrice, faisant naître chez l’enfant un double désir d’écrire et de voyager. Après l’Afrique, il multiplie les voyages et vit de sa plume. Mais est-il vraiment un voyageur au sens habituel du terme ? Il se définit ainsi : « Aujourd’hui, je ne me considère pas du tout comme un voyageur, mais plutôt comme quelqu’un qui nomadise ». Ce nomadisme, cette errance sont orientés vers un but : il cherche certes une image de lui-même, mais avant tout, il poursuit, de livre en livre, la quête d’un ailleurs où il découvrira, entre autres, l’harmonie. Harmonie de l’être et du monde. Harmonie de l’univers. Et l’écrivain ressent la nécessité d’inventer une « écriture nouvelle », qui soit en adéquation avec son rêve de fusion dans le monde. L’artiste, lui, poursuit une longue quête de la beauté, « celle qu’on peut découvrir dans la vision d’une harmonie simple ». Il décrit ainsi son rêve : « Écrire seulement sur les choses qu’on aime. Écrire […] et reconstruire [la beauté] » et « comprendre la beauté, c’est parvenir à faire coïncider son rythme avec celui de la nature » . Cette conception de l’Art implique une appréhension du rythme universel.

LES MILLE ET UNE NUITS DANS LES RÉCITS DES VOYAGEURS ROMANTIQUES EN ORIENT

La relation de voyage est un écrit ancré dans la "réalité", celle des pérégrinations qui se situent dans un espace et dans un temps bien déterminés. Il raconte un voyage, celui entrepris par des "aventuriers" qui se sont véritablement déplacés pour visiter des lieux plus ou moins célèbres. De par sa nature donc, le récit de voyage cherche à "refléter" ce que le voyageur voit, entend et à traduire "l’autre monde" pour ses destinataires. Parallèlement à cet aspect qui se veut réaliste, le récit des voyageurs romantiques laisse apparaître une dimension onirique très peu étudiée par les spécialistes du genre, ceux-ci s’intéressant particulièrement à la vie de voyage qui permet de générer des développements sur la religion, sur la société et sur la politique des pays visités. En effet, ce qui retient d’abord l’attention, dans ce genre de littérature, se rapporte à la vie des Orientaux, mais surtout à l’idéologie de l’écrivain-voyageur à leur propos. Cependant, en s’intéressant de près aux récits des romantiques, on se rend compte qu’ils offrent une place de choix à l’imaginaire, sous plusieurs formes.

UN GRAND TOUR (1765-1768) ET DEUX VOIX POUR EN RENDRE COMPTE

À la mort, en 1747, de Leopold Ier, prince régnant d’Anhalt-Dessau, son fils Leopold II décide de donner une éducation aristocratique à Georg Heinrich von Berenhorst (1733-1814), fruit illégitime d’une liaison de son père avec la fille d’un responsable municipal. Le prince confie à ce demi-frère l’éducation de son second fils Johann Georg (1748-1811), et une amitié solide, qu’ont pu renforcer les liens du sang, naît entre le précepteur et son pupille, à laquelle seul le décès de celui-ci met un terme.