Critique littéraire

DE LA LECTURE A L’ECRITURE : Paul Morand voyageur, lecteur et écrivain

Paul Morand a été un grand voyageur : il a écumé la planète, doublé les caps, enjambé les continents… C’est à juste titre qu’il pouvait se targuer d’avoir connu tous les mondes : les anciens comme les nouveaux. Il a été un grand écrivain : pas seulement parce qu’il a écrit pas moins de quatre‑vingts ouvrages, pas seulement non plus parce que nombre de ses titres se sont écoulés à des dizaines de milliers d’exemplaires, mais d’abord et surtout parce qu’il a cultivé un style à nul autre pareil.

LA CRÉATION DE LA GÉOGRAPHIE DE TERRE-NEUVE DE ROBERT PERRET

La "Géographie de Terre Neuve" est l’étude française la plus complète de cette époque. Robert Perret se penche sur la question de la nouvelle identité des Terre neuviens et de la conscience qu’ils ont d’être un peuple de quelque 200 000 individus. En général, il trouve les gens distincts par leurs croyances mais unifiés par leur métier commun, sauf à Saint Jean, où vivent déjà 30 000 habitants. Il est frappé par les différences entre les expressions idiomatiques d’un lieu à l’autre, ainsi que par la variété des accents. Il relève aussi diverses traditions folkloriques qui témoignent d’origines irlandaises ou anglaises.

GEORGE SAND CHEZ LES INDIENS

En 1846, George Sand a 42 ans lorsque paraissent ses deux « lettres à un ami » regroupées sous le titre de « Relation d’un voyage chez les sauvages de Paris ». Usant du vocabulaire hyperbolique de l’émulation et de la compétition pour définir l’acte de voyager, elle se dit « humiliée » par les « grandes expéditions » de son ami, et rédige sa propre relation de voyage non seulement comme une riposte au sein de la joute viatique, mais aussi comme un pacte avec le voyageur. Dès les premières lignes de la lettre, on trouve la classique mise en scène héroïque du voyage qu’elle définit comme un « exploit sérieux ».

RENÉ BAZIN

La notoriété de l’académicien René Bazin a évolué d’un immense succès à un oubli presque complet en moins d’un siècle. Pourtant certains de ses textes résistent bien à une lecture contemporaine critique qui pourrait lui restituer une place, certes mineure, mais honorable dans l’école naturaliste du XIXe siècle.

LE VILLAGE AÉRIEN PAR JULES VERNE

En entrant dans un roman de Jules Verne, le lecteur s’attend à être entraîné dans une succession de péripéties plus angoissantes les unes que les autres au fur et à mesure de la progression du récit. Or ici, il n’en est rien car le danger qui surgit de partout et de nulle part à la fois dans ce milieu hostile est aisément identifiable et déjà connu : il s’agit d’éléphants, de rhinocéros, de singes. Bref, d’animaux et de rien d’autre, jusqu’à la découverte d’un village localisé au milieu d’un lacis de branches : un village aérien.

UN VOYAGE EXTRAORDINAIRE

Juillet 1928. Au terme de deux années qui lui ont fait traverser l’Amérique, écumer les Antilles et explorer l’Afrique afin de composer Magie noire, qui vient tout juste de paraître, Paul Morand repart, à l’invite de son ami le constructeur automobile Gabriel Voisin, pour le plus improbable des voyages, l’exploration du Rhône, à bord du prototype d’un tout nouveau moyen de locomotion : l’hydroglisseur.

VOYAGE D’OUTRE-MER ET INFORTUNES LES PLUS ACCABLANTES DE LA VIE DE M. JOINVILLE-GAUBAN

C’est la réédition d’un grand classique introuvable de l’histoire de Saint-Domingue qui est offerte aujourd’hui au lecteur. Toujours cité en Haïti au chapitre de la vie sur les plantations, mais très peu connu en France, Pierre Joinville Gauban, dit Joinville-Gauban, est l’un de ces très nombreux Aquitains partis de Bordeaux pour l’Eldorado des Îles à sucre à la fin du XVIIIe siècle. Ce qui le singularise, c’est qu’il est l’auteur d’un ouvrage de mémoires au titre inoubliable relatant les quinze années difficiles qu’il passa dans l’ancienne colonie française de Saint-Domingue aux tout derniers moments de son existence. C’est-à-dire, plus précisément, au moment où il ne fallait pas y aller, celui des troubles révolutionnaires qui, de 1789 à 1804, allaient conduire de l’annonce de la nouvelle de la Révolution française dans la grande île, « la Reine des Antilles », à l’indépendance de ce qui est aujourd’hui l’actuelle République d’Haïti.

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